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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Caprices de boudoir, 1864· Frissonnements

V. Splendeur réaliste

Armand Renaud· 12 quatrains, alexandrins, 48 vers

L'Andalouse a la taille‖ aux souplesses exquises,Avec un volcan noir‖ sous la pointe du cil.Aimer à l'ombre est doux‖ dans les îles Marquises.Les secrets sont divins‖ des femmes du Brésil.

L'Allemande a l'esprit‖ égaré dans la nue,Le corps moelleux, la lèvre‖ aux carmins enflammés.L'Écossaise, au grand air,‖ marche, la jambe nue.L'Orient rêve au fond‖ de ses harems fermés.

La Chine a des trésors‖ de grâce, aux yeux obliques,Qui donnent leur caresse‖ avec de petits cris.Les négresses vous ont‖ des forces diaboliques.Mais tout reste au-dessous‖ des femmes de Paris.

Quand elles ont laissé‖ monter à leur visageCes ivresses de feu‖ dont le vin les brûla,Qu'elles ont débraillé‖ leur rire et leur corsage,Et qu'à l'homme ébloui‖ leur beauté dit : voilà !

Quand sur les fronts penchés,‖ sur la table en désordre,Les flambeaux font courir‖ leur dernière clarté,Que les nerfs triomphants‖ tressaillent à se tordre,Que le rire est sinistre‖ à force de gaîté ;

Alors, si tu te plais‖ aux voluptés mortelles,Aux bonds de la lionne,‖ au replis du serpent,Prends dans tes bras la femme‖ aux lignes les plus belles,En cueillant le baiser‖ qui de sa lèvre pend.

C'est qu'il ne s'agit point‖ là d'une campagnardeDont un lambeau de toile‖ est le seul vêtement,Qui, ramenant le soir‖ les troupeaux qu'elle garde,Dévore sa pâture‖ et s'endort pesamment.

Je parle de la reine‖ à la folle existence,Chemise de dentelle‖ et robe de velours,Qui, dans du vrai Bohême‖ ayant bu le Constance,Fait la moue à son verre‖ et le brise toujours ;

Qui pose sur l'orgie‖ un cachet d'élégance,Et qui, de nul amour‖ ne s'émouvant à jeun,Quand le vin dans le sang‖ lui met l'extravagance,Plus qu'on ne saurait dire,‖ exhale un chaud parfum.

Oh ! que de fois j'ai vu,‖ dans l'ardeur de mes rêves,Folles de volupté,‖ ces bacchantes bondir !Leurs prunelles avaient‖ le flamboîment des glaives,Je sentais contre moi‖ leur tête se raidir.

Leurscheveux m'effleuraient‖ comme un essaim de mouches,Leur rire était profond,‖ sonore et menaçant,Et les gouttes de vin‖ qui tombaient de leurs bouches,Sur leur gorge de lait,‖ prenaient l'aspect du sang.

Et roulé par l'abîme,‖ étreint par le vertige,A tout déchaînement‖ criant sans fin : bravo !Parfums, chansons, lueurs,‖ tandis que tout voltige,Je noyais dans l'oubli‖ mon cœur et mon cerveau

Versification

Forme
12 quatrains (quatrains)
Rimes
12(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
12 quatrains
Mots à la rime
a exquises / Marquises féminine, classiqueb cil / Brésil masculine, classiquea nue féminine, classiqueb enflammés / fermés masculine, classiquea obliques / diaboliques féminine, classiqueb cris / Paris masculine, classiquea visage / corsage féminine, classiqueb brûla / voilà masculine, classiquea désordre / tordre féminine, classiqueb clarté / gaîté masculine, classiquea mortelles / belles féminine, classiqueb serpent / pend masculine, classiquea campagnarde / garde féminine, classiqueb vêtement / pesamment masculine, classiquea existence / Constance féminine, classiqueb velours / toujours masculine, classiquea d'élégance / l'extravagance féminine, classiqueb jeun / parfum masculine, classiquea rêves / glaives féminine, classiqueb bondir / raidir masculine, classiquea mouches / bouches féminine, classiqueb menaçant / sang masculine, non classiquea vertige / voltige féminine, classiqueb bravo / cerveau masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Caprices de boudoir, Paris, F. Sartorius, 1864· numérisation gallica.bnf.fr· Sources