Poésies, 1860· Les nuits persanes· Fleurs de vin
L’Araignée
A la place de mes idéesQue dans ma coupe j'ai vidées,A les y noyer résolu,J'ai dans la tête une araignéeA tapisser embesognée,Ayant longs bras et corps velu.
Elle tisse dans ma cervelleSans cesse une chose nouvelle,Que sans cesse je trouve bien.Et, tout en tissant, elle chanteUn vers mystique qui m'enchante ;Car je n'y puis comprendre rien.
Merveille de miséricorde,Elle a d'abord tissé la cordeOù j'ai pendu mou vieux chagrin.Elle a tissé les fines tramesDont les perles qui sont mes femmes,Pour se voiler, font leur écrin.
Elle a tissé des galeriesPleines d'arabesques fleuries,Pour que j'y loge mes gaîtés ;Et de peur que son cher ivrogne,En marchant, aux murs ne se cogne,Elle a rembourré les côtés.
Sans prendre un denier dans ma bourse,Elle tissera la Grande-OurseEt les Pléiades, si je veux ;Et j'aurai cette joie immenseDe sentir un ciel qui commenceAux racines de mes cheveux.
Mais pour l'instant la bête est triste ;Il faut du vin à cette artiste.Enfant, à m'en verser sois prompt,Pour que j'amuse l'araignée,Si douce quand, de vin baignée,Elle me chatouille le front.
Versification
- Forme
- 6 sizains (sizains)
- Rimes
- 6(aabccb)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 6 sizains
- Mots à la rime
- a idées / vidées féminine, classiqueb résolu / velu masculine, classiquec araignée / embesognée féminine, classiquea cervelle / nouvelle féminine, classiqueb bien / rien masculine, classiquec chante / m'enchante féminine, classiquea miséricorde / corde féminine, classiqueb chagrin / écrin masculine, classiquec trames / femmes féminine, classiquea galeries / fleuries féminine, classiqueb gaîtés / côtés masculine, classiquec ivrogne / cogne féminine, classiquea bourse / Grande-Ourse féminine, classiqueb veux / cheveux masculine, classiquec immense / commence féminine, classiquea triste / artiste féminine, classiqueb prompt / front masculine, classiquec l'araignée / baignée féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.9· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, Paris, ALPHONSE LEMERRE ÉDITEUR, 1896· numérisation gallica.bnf.fr· Sources