Poésies, 1860· Les nuits persanes· Songes d’opium
L’Homme-Océan
L'OCÉAN‖ devant moi s'étendait ;Le soleil‖ reluisait sur la vague ;Et mon œil‖ au lointain regardaitOnde et feu‖ se mêler dans le vague.
Et du flot‖ ne pouvant fuir l'attrait,Sur le roc‖ je me mis à plat ventre,Le cou droit,‖ la prunelle en arrêt,Le gosier‖ distendu comme un antre.
A ma bouche‖ arriva l'Océan.Il entra,‖ la prenant pour gouttière.Il fallait‖ que mon corps fût géant,Car la mer‖ s'y logea tout entière.
Et voyez !‖ maintenant c'est en moiQue commence‖ et finit la tempête ;Mes poumons‖ aux courants font la loi,Et le flux‖ retentit dans ma tête.
J'ai les os‖ en corail, et mes reinsSont remplis‖ de varechs sédentaires :Esturgeons,‖ cachalots, veaux marinsFout des bonds‖ à travers mes artères.
Des serpents‖ vont grouillant par monceauxDans les flots‖ dont mon cœur est la source ;La baleine‖ aux évents colossauxFait craquer‖ mon échine en sa course.
Et ceci‖ durera jusqu'au jourDu dernier,‖ du plus grand des désastres,Quand, la vie‖ ayant fui sans retour,Au néant‖ rouleront tous les astres.
Versification
- Forme
- 7 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 7(abab)
- Mètre
- Ennéasyllabes· profil 3+6
- Strophes
- 7 quatrains
- Mots à la rime
- a s'étendait / regardait masculine, classiqueb vague féminine, classiquea l'attrait / arrêt masculine, classiqueb ventre / antre féminine, classiquea l'Océan / géant masculine, non classiqueb gouttière / entière féminine, classiquea moi / loi masculine, classiqueb tempête / tête féminine, classiquea reins / marins masculine, classiqueb sédentaires / artères féminine, classiquea monceaux / colossaux masculine, classiqueb source / course féminine, classiquea jour / retour masculine, classiqueb désastres / astres féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.4
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
28 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, Paris, ALPHONSE LEMERRE ÉDITEUR, 1896· numérisation gallica.bnf.fr· Sources