Poésies, 1860· Les nuits persanes· Songes d’opium
Le Squelette
COIFFÉ du turban,‖ et dans mon miroirVenant pour me voirEn grande toilette,Au lieu de mon corps‖ nerveux où l'on sentCirculer le sang,Je vis un squelette.
Je ne pouvais faire‖ aucun mouvement,Sans qu'exactementL'autre fît de même.Brisant mon miroir,‖ j'en pris un second.Espoir infécond !J'en pris un troisième.
Toujours le squelette‖ aux orbites creux,Le squelette affreuxSurgissait en face.Je me sauve alors,‖ plus prompt qu'un coureur,Sans qu'à ma terreurIl soit rien qui fasse.
Sentant à mon front‖ un cercle de fer,Une soif d'enferMe brûlant la bouche,Je trouve en chemin‖ un lac frais et bleu ;Pour y boire un peu,Au bord je me couche.
Dans l'onde où le ciel‖ mire ses oiseaux,Où des verts roseauxLa fleur se reflète,Mon image seule‖ échappe à la loi ;En place de moi,Surgit un squelette.
Je fuis de nouveau.‖ Le spectre me suit.A travers la nuit,Il prend mille formes.La montagne semble‖ un crâne sans chair.Les arbres ont l'airD'ossements énormes.
Même un grand nuage,‖ au milieu du ciel,Sur le haut duquelLa lune s'arrête,Présente à mes yeux‖ l'aspect effrayantD'un squelette ayantLa lune pour tête.
Versification
- Forme
- 7 sizains (sizains)
- Rimes
- 7(aabccb)
- Mètre
- Pentasyllabes et décasyllabes (28 de 5, 14 de 10)· profil 5, 5+5
- Strophes
- 7 sizains
- Mots à la rime
- a miroir / voir masculine, classiqueb toilette / squelette féminine, classiquec sent / sang masculine, non classiquea mouvement / qu'exactement masculine, classiqueb même / troisième féminine, classiquec second / infécond masculine, classiquea creux / affreux masculine, classiqueb face / fasse féminine, classiquec coureur / terreur masculine, classiquea fer / d'enfer masculine, classiqueb bouche / couche féminine, classiquec bleu / peu masculine, classiquea oiseaux / roseaux masculine, classiqueb reflète / squelette féminine, classiquec loi / moi masculine, classiquea suit / nuit masculine, classiqueb formes / énormes féminine, classiquec chair / l'air masculine, classiquea ciel / duquel masculine, classiqueb s'arrête / tête féminine, classiquec effrayant / ayant masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
42 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, Paris, ALPHONSE LEMERRE ÉDITEUR, 1896· numérisation gallica.bnf.fr· Sources