Poésies, 1860· Les nuits persanes· Fleur de sang
Le Supplice
C'EST un sage, un saint, un derviche.Gabriel vient le voir, dit-on.
‒ Qu'on le pende à cette corniche,Par un crochet sous le menton.
Sa foi pénétrait dans les bouges ;Il la déployait sur les rois.
‒ Qu'on mette à ses pieds des fers rouges,De crainte qu'il ne les ait froids.
Son lit était fait de broussailles,Sa peau trop maigre se trouait.
‒ Qu'on lui dévide les entrailles,Avec lenteur, sur un rouet.
Quand il priait sur une tombe,Les oiseaux l'écoutaient en rond.
‒ Régulièrement qu'il lui tombeUne eau de glace sur le front.
Pour ne pas troubler une mouche,A peine s'il respirait l'air.
‒ Qu'on emplisse de fiel sa bouche,Et qu'on lui tenaille la chair.
Tremble qu'Allah ne se courrouce ;A la Mecque il allait souvent.
‒ Qu'on l'écorche de façon douce,Pour le garder longtemps vivant.
Ses prédictions toujours vraiesLui valaient un culte public.
‒ Qu'on verse du plomb sur ses plaies,Qu'on glisse en son cœur un aspic.
Accorde du moins qu'on l'enterreAu champ des morts, avec les siens.
‒ Je veux, de par mon cimeterre,Qu'on jette son cadavre aux chiens.
Bourreau dont le ciel se retire,Que t'a fait cet homme divin ?
‒ Il disait vouloir le martyre.Je n'aime pas qu'on parle en vain.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 9[abab]
- Mètre
- Octosyllabes
- Mots à la rime
- a derviche / corniche féminine, classiqueb dit-on / menton masculine, classiquea bouges / rouges féminine, classiqueb rois / froids masculine, classiquea broussailles / entrailles féminine, classiqueb trouait / rouet masculine, classiquea tombe féminine, classiqueb rond / front masculine, classiquea mouche / bouche féminine, classiqueb l'air / chair masculine, classiquea courrouce / douce féminine, classiqueb souvent / vivant masculine, classiquea vraies / plaies féminine, classiqueb public / aspic masculine, classiquea l'enterre / cimeterre féminine, classiqueb siens / chiens masculine, classiquea retire / martyre féminine, classiqueb divin / vain masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, Paris, ALPHONSE LEMERRE ÉDITEUR, 1896· numérisation gallica.bnf.fr· Sources