Poésies, 1860· Les nuits persanes· Les rhythmes
Les Jongleurs
JE viens de voir sur une place,Au fond des ignobles faubourgs,Un grand cercle de populaceQui, chassant les soucis trop lourdsPour sa misère fainéante,Examine, bouche béante,Comme un marmot une géante,Quatre jongleurs faisant leurs tours.
Le premier se sert, quand il joue,De boules d'or que le soleilAmoureusement sur la joueBaise de son baiser vermeil ;L'autre en ses mains favoriséesGroupe des guirlandes rosées ;Avec des perles iriséesL'autre tient son monde en éveil.
Mais, tous les trois, ou les dédaigneLorsque paraît, les traits en feu,Celui qui sur les foules règneComme un empereur, comme un dieu.Car c'est sur la lame pointueQue son adresse s'évertue,Et les bonds du poignard qui tueFont un supplice de son jeu.
Loin de ce carrefour immonde,Il existe d'autres jongleursQui fascinent les yeux du mondePar leurs secrets ensorceleurs ;Eux aussi, coulés dans le mouleDu libre caprice qui roule,Savent faire voir à la fouleDes tours de toutes les couleurs.
Mais si votre rêve, ô poètes,Est de fasciner les regards,Comme les éclairs des tempêtes,Comme le soleil sans brouillards,En jonglant avec des penséesDont d'autres mains seraient blessées,Sur votre front tenez dresséesDes auréoles de poignards !
Versification
- Forme
- 5 huitains (huitains)
- Rimes
- 5(ababcccb)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 5 huitains
- Mots à la rime
- a place / populace féminine, classiqueb faubourgs / lourds / tours masculine, classiquec fainéante / béante / géante féminine, classiquea joue féminine, classiqueb soleil / vermeil / éveil masculine, classiquec favorisées / rosées / irisées féminine, classiquea dédaigne / règne féminine, classiqueb feu / dieu / jeu masculine, classiquec pointue / s'évertue / tue féminine, classiquea immonde / monde féminine, classiqueb jongleurs / ensorceleurs / couleurs masculine, classiquec moule / roule / foule féminine, classiquea poètes / tempêtes féminine, classiqueb regards / brouillards / poignards masculine, classiquec pensées / blessées / dressées féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, Paris, ALPHONSE LEMERRE ÉDITEUR, 1896· numérisation gallica.bnf.fr· Sources