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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Recueil intime, 1881· II

Les Oiseaux de Paradis

Armand Renaud· strophes variées, alexandrins et octosyllabes, 76 vers

Dans le pays où vont les rêves,Dans le pays où, sur les grèves,S’échevèlent les cocotiers,Où le soleil d’OcéanieVerse, de son urne infinie,Des flammes sur tous les sentiers ;

Où le caméléon qui change,Examine, d’un œil étrange,Le singe que son bras suspend ;Où la liane immense et souple,Autour des arbres qu’elle accouple,Se tortille comme un serpent ;

Là, sont les beaux oiseaux‖ au milieu des bananes ;Les uns contemplatifs‖ ainsi que des brahmanes,Les autres fourmillant‖ de bruits et de couleurs.Là le perroquet jase‖ en accents persifleurs ;Avec ses diamants‖ sur ses plumes de soie,L’argus tout constellé,‖ comme le ciel, flamboie ;Tandis qu’entremêlés‖ dansent en tourbillonsLes tout petits oiseaux‖ et les grands papillons.

Tous, faisant d’immenses armées,De leur propre vue étourdis,Ils cherchent les fleurs parfumées,Les arbres frais, les prés verdis ;L’eau des fleuves les désaltère,Pour leurs ébats ils ont la terre.Mais le firmament solitaireN’est qu’aux oiseaux de paradis.

Eux ils voient, dans leur vol sublime,Ramper le monde, au loin, bien bas.A peine effleurent-ils la cimeDes grands figuiers, quand ils sont las,Et sur les vagues de leurs ailesOndulant comme des nacelles,Le corps rayonnant d’étincelles,Ils montent où l’on ne sait pas.

Oh ! s’il est jamais, en ce monde,Rien tombé du jardin des cieux,C’est la légion vagabondeDe ces oiseaux au vol soyeux,De ces mystiques rêveriesQui flottent dans les pierreriesEt qui ne veulent pour prairiesQue l’azur où l’on met les dieux.

Mais voici qu’ils se sont‖ arrêtés sur un faîte,Et qu’on entend soudain‖ frissonner la tempête.A gagner les hauteurs‖ où le ciel est serein,Leur vol va s’épuisant ;‖ la rafale sans freinLes prend, et vers le sol‖ les pousse avec la nue.Ils tombent, tout meurtris,‖ sur la terre inconnue.Oh ! doux oiseaux, pourquoi,‖ dans le feuillage impur,Être venus déchoir‖ de l’éternel azur ?Par un rire infernal‖ raillant vos épouvantes,Des êtres au teint noir,‖ sur vos lueurs vivantes,Se sont rués. Adieu‖ pour vous l’air et le jour.Vous souffrirez beaucoup ;‖ car l’homme est un vautourDont l’ongle sans pitié‖ n’ignore aucun supplice.De peur que par la mort‖ votre éclat ne pâlisseEt que, moins colorés,‖ vous ne valiez moins cher,On va vous embaumer‖ vivants. Déjà le ferEntre rouge dans vos‖ entrailles. L’agonieVous convulse un moment.‖ Hourra ! l’œuvre est finie.Et maintenant allez,‖ cadavres de beauté.Allez vers la splendeur‖ et vers la volupté.Le peintre vous fera‖ resplendir sur l’épauleD’un ange, devant Dieu‖ s’inclinant comme un saule,Ou, dans leurs nids d’amour,‖ pleins d’un charme profond,Comme un charme de plus,‖ les femmes vous auront.

Oiseaux de paradis,‖ légion solitaire,Martyrs, vous figurez,‖ tout ce qui, sur la terre,Reflète la splendeur‖ pure du ciel sacré.Victimes de l’amour‖ qu’elles ont inspiré,N’importe où ni comment,‖ toutes les belles chosesServent de proie à l’homme,‖ ardent faucheur de roses,Et s’en allant tomber‖ sous ses désirs maudits,Ici-bas, sont autant‖ d’oiseaux de paradis.

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
2(aabccb) 20((aa)) 3(ababcccb)
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (40 de 12, 36 de 8)· profil 8, 6−6
Strophes
3 distiquess, 3 huitains, 2 sizains
Mots à la rime
a rêves / grèves féminine, classiqueb cocotiers / sentiers masculine, classiquec d’Océanie / infinie féminine, classiquea change / étrange féminine, classiqueb suspend / serpent masculine, classiquec souple / accouple féminine, classiquea bananes / brahmanes féminine, classiqueb couleurs / persifleurs masculine, classiquec soie / flamboie féminine, classiqued tourbillons / papillons masculine, classiquea armées / parfumées féminine, classiqueb étourdis / verdis / paradis masculine, classiquec désaltère / terre / solitaire féminine, classiquea sublime / cime féminine, classiqueb bas / las / pas masculine, classiquec ailes / nacelles / d’étincelles féminine, classiquea monde / vagabonde féminine, classiqueb cieux / soyeux / dieux masculine, classiquec rêveries / pierreries / prairies féminine, classiquea faîte / tempête féminine, classiqueb serein / frein masculine, classiquec nue / inconnue féminine, classiqued impur / azur masculine, classiquee épouvantes / vivantes féminine, classiquef jour / vautour masculine, classiqueg supplice / pâlisse féminine, classiqueh cher / fer masculine, classiquei L’agonie / finie féminine, classiquej beauté / volupté masculine, classiquek l’épaule / saule féminine, classiquel profond / auront masculine, classiquea solitaire / terre féminine, classiqueb sacré / inspiré masculine, classiquec choses / roses féminine, classiqued maudits / paradis masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

76 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Recueil intime, Paris, ALPHONSE LEMERRE ÉDITEUR, 1881· numérisation poesies.net· Sources