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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La chanson des gueux, 1881· Première partie Gueux des champs· L’odyssée du vagabond

X. Grand-père sans enfants

Jean Richepin· 2 distiquess, alexandrins, 48 vers

Dans un large filet‖ de pur chanvre tresséComme l’enfant dormait,‖ doucement balancéÀ la branche flexible‖ et sous l’ombre d’un chêne,Sa mère travaillant‖ à la forêt prochaine,Un vieux mendiant chauve‖ apparaît tout à coup,Regarde, et tout joyeux‖ s’approche à pas de loup.Il baise de l’enfant‖ la figure vermeille ;Et l’enfant, l’œil mi-clos,‖ croyant rêver, s’éveille.Et soudain, quand il voit‖ cette bouche sans dentsQui rit d’un rire énorme‖ avec des trous dedans,Ce nez gros et camus‖ pourpré du jus des treilles,Et le double éventail‖ de ces larges oreilles,Il a peur, il s’écrie,‖ il pleure. Mais le vieuxAvec un air si bon‖ cligne ses petits yeux,Et dans sa grosse voix‖ met un accent si tendre,Que l’enfant s’apprivoise‖ et se laisse enfin prendre,Et doucement frissonne‖ au poitrail inconnuQui chatouille du poil‖ son petit pied tout nu.Avec ses doigts mignons,‖ dans cette toison griseIl s’amuse à tirer‖ chaque boucle qui frisePour la voir revenir‖ sur elle brusquement.Puis, montrant le gros nez,‖ avec un bégaiementIl rit, l’admire, y met‖ les deux mains, et s’en joue,Et pour souffler dedans‖ gonfle déjà sa joue.Mais le vieux se détourne,‖ et par coups alternésLui frotte malgré lui‖ sa barbe sur le nez,Jusqu’à ce que, saisi‖ par l’oreille, il s’ arrête.Alors aux coups mutins‖ il présente sa têteEt l’enfant, de ses poings‖ qui tombent tour à tour,Tape sur le front nu‖ comme sur un tambourLe vieillard cependant‖ crie en riant sous cape.Et lui paie en baisers‖ les coups dont il le frappe,Et le presse sur lui‖ plus amoureusement,Heureux d’être vaincu‖ dans ce combat charmant,Qui se fait sans colère‖ et qu’il perd sans défense ;Car toujours la vieillesse‖ est bonne pour l’enfance.

Mais quel est le plaisir‖ qui ne soit pas amer ?Dans le cœur du vieillard‖ soudain, comme une mer,Montent mille regrets‖ qui s’épanchent en larmes.Du bonheur qu’il n’eut pas‖ il sent trop tard les charmesLui qui n’a jamais eu‖ famille ni foyer,Ni de femme à chérir‖ ni d’enfants à choyer,Lui qui depuis longtemps‖ ne connut d’autre envie,Que d’errer sans rien faire‖ au hasard de la vie,Il se prend à songer,‖ tout bas, avec douleur,Que le travail est bon,‖ alors qu’il a pour fleurUn enfant dont on veut‖ rendre le sort prospère.C’est triste pour un vieux‖ de n’être pas grand-père.

Versification

Forme
2 distiquess (distiques)
Rimes
24((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
2 distiquess
Mots à la rime
a tressé / balancé masculine, classiqueb chêne / prochaine féminine, classiquec coup / loup masculine, classiqued vermeille / s’éveille féminine, classiquee dents / dedans masculine, classiquef treilles / oreilles féminine, classiqueg vieux / yeux masculine, classiqueh tendre / prendre féminine, classiquei inconnu / nu masculine, classiquej grise / frise féminine, classiquek brusquement / bégaiement masculine, classiquel joue féminine, classiquem alternés / nez masculine, classiquen arrête / tête féminine, classiqueo tour / tambour masculine, classiquep cape / frappe féminine, classiqueq amoureusement / charmant masculine, classiquer défense / l’enfance féminine, classiquea amer / mer masculine, classiqueb larmes / charmes féminine, classiquec foyer / choyer masculine, classiqued envie / vie féminine, classiquee douleur / fleur masculine, classiquef prospère / grand-père féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La chanson des gueux, Paris, Maurice Dreyfous, éditeur, 1881· numérisation ebooksgratuits.com· Sources