La chanson des gueux, 1881· Troisième partie Nous autres gueux· Nos gaietés
VII. Ο Τι Αν Τϒχω
Dégager la doctrine philosophique
contenue dans ce mot de Platon :
ὃ τι ὰν τυχῶSujet de dissertation latine.
Faut-il tant penser ? C’est sot,Et ça fait mal à la tête.De Platon je tiens un motQu’avec Platon je répète :Bast ! zut ! ὃ τι ὰν τυχῶ !À l’hasard de la fourchette !Bast ! zut ! ὃ τι ὰν τυχῶ !J’ vas fourrer mes doigts dans l’ pot.
Autrefois chez Paul NiquetFumait un vaste baquetSur la devanture.Pour un ou deux sous, je crois,On y plongeait les deux doigts,Deux, à l’aventure.Les mets les plus différentsÉtaient là, mêlés, errants,Sans couleur, sans forme,Et l’on pochait, sans fouiller,Aussi bien un vieux soulierQu’une truffe énorme.
Faut-il hésiter ? C’est sot.Risquons nos deux sous, Lisette.De Platon je tiens un motQu’avec Platon je répète :Bast ! zut ! ὃ τι ὰν τυχῶ !À l’hasard de la fourchette !Bast ! zut ! ὃ τι ὰν τυχῶ !J’vas fourrer mes doigts dans l’pot.
Que la vie est bien cela !On pêche, ont tire et voilàMisère ou bombance.Chacun n’a payé qu’un sou ;L’un part à jeun, l’autre soûl.Ainsi va la chance.Au plus affamé parfoisRien ne reste entre les doigtsQu’une asperge à l’huile.Un vieux, qui n’a qu’une dent,Au bout d’un tendon pendantTire un os fossile.
Faut-il en pleurer ? C’est sot.Que j’aie os ou vinaigrette,De Platon je tiens un motQu’avec Platon je répète :Bast ! zut ! ὃ τι ὰν τυχῶ !À l’hasard de la fourchette !Bast ! zut ! ὃ τι ὰν τυχῶ !J’ vas fourrer mes doigts dans l’ pot.
Comme un autre j’eus mon jourOù je croyais à l’amourSans un et sincère.J’ai vu depuis ce que c’est.Il dure le temps qu’on metÀ vider un verre.Ta maîtresse, si tu veux,Sur un signe de tes yeuxÀ tes pieds se vautre.Vile esclave, à deux genouxElle t’aime… Tournons-nous,Elle en baise un autre.
Faut-il en pleurer ? C’est sot.La femme se vend. Achète !De Platon je tiens un motQu’avec Platon je répète :Bast ! zut ! ὃ τι ὰν τυχῶ !À l’hasard de la fourchette ?Bast ! zut ! ὃ τι ὰν τυχῶ !J’vas fourrer mes doigts dans l’ pot.
J’ai fait, quand j’avais quinze ans,Des rêves éblouissantsQui parlaient de gloire.Dans ma tête j’avais misQue j’étais grand ; mes amisMe disaient d’y croire.Aujourd’hui j’écris ces vers.Ils vont droit ou de travers :Lequel ? peu m’importe.Ça m’amuse qu’ils soient lus ;Mais à qui me promet plusJe ferme ma porte.
Faut-il en pleurer ? C’est sot.Que je sois ou non poète,De Platon je tiens un motQu’avec Platon je répète :Bast ! zut ! ὃ τι ὰν τυχῶ !À l’hasard de la fourchette !Bast ! zut ! ὃ τι ὰν τυχῶ !J’vas fourrer mes doigts dans l’ pot.
J’ai passé plusieurs hiversÀ lire en jargons diversPlus d’un philosophe.Ils sont de noir habillés,Et leurs esprits sont taillésDans la même étoffe.Des mots, des mots et des mots !Nous sommes des animaux,Voilà mon système.Qu’on le prenne par un boutOu par l’autre, le grand ToutEst toujours le même.
Faut-il tant penser ? C’est sot,Et ça fait mal à la tête.De Platon je tiens un motQu’avec Platon je répète :Bast ! zut ! ὃ τι ὰν τυχῶ !À l’hasard de la fourchette !Bast ! zut ! ὃ τι ὰν τυχῶ !J’ vas fourrer mes doigts dans l’ pot.
Versification
- Forme
- Huitains
- Rimes
- 5{1(ababcbcc) 1(aabccbddeffe)} 1(ababcbcc)
- Mètre
- Heptasyllabes et pentasyllabes (88 de 7, 20 de 5)· profil 5, 7
- Strophes
- 6 huitains, 5 douzains
- Mots à la rime
- a sot / mot masculineb tête / répète / fourchette fémininec τυχῶ / pot masculinea Niquet / baquet masculineb devanture / l’aventure fémininec crois / doigts masculined différents / errants masculinee forme / énorme fémininef fouiller / soulier masculineb Lisette / répète / fourchette fémininec τυχῶ / l’pot masculinea cela / voilà masculineb bombance / chance fémininec sou / soûl masculined parfois / doigts masculinee l’huile / fossile fémininef dent / pendant masculineb vinaigrette / répète / fourchette fémininea jour / l’amour masculineb sincère / verre fémininec c’est / met masculined veux / yeux masculinee vautre / autre fémininef genoux / Tournons-nous masculineb Achète / répète / fourchette fémininea ans / éblouissants masculineb gloire / croire fémininec mis / amis masculined vers / travers masculinee m’importe / porte fémininef lus / plus masculineb poète / répète / fourchette fémininea hivers / divers masculineb philosophe / étoffe fémininec habillés / taillés masculined mots / animaux masculinee système / même fémininef bout / Tout masculine
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.7
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
108 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La chanson des gueux, Paris, Maurice Dreyfous, éditeur, 1881· numérisation ebooksgratuits.com· Sources