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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La chanson des gueux, 1881· Deuxième partie Gueux de paris· Au pays de largonji

XVIII. Un vénérable

Jean Richepin· distiques, alexandrins, 44 vers

Certes, ce n’était pas‖ un banquier, un notaire,Un avocat. Pourtant,‖ je ne saurais m’en taire,Il était respectable‖ et grave, étant très vieux.

Malgré ce que pouvaient‖ dire les envieux,Quoi qu’il fût de ces gens‖ sans habits de dimanche,Qui, se peignant des doigts,‖ se mouchent de la manche ;Quoiqu’il portât parmi‖ sa barbe et ses haillonsUne odeur de sueur‖ ancienne et de graillons ;Quoiqu’il eût pour garni‖ l’hôtel de la Grande-Ourse.Cet égorgeur de poche‖ et dégraisseur de bourse ;Quoiqu’il fût d’un aspect‖ sinistre et scandaleux,Marmiteux, vermineux,‖ teigneux, rogneux, galeux,Rouge comme un abcès,‖ rongé comme une dartre,Il récoltait des coups‖ de chapeau dans Montmartre.

C’était un vieux roublard,‖ un antique marlou.

Jadis on l’avait vu,‖ denté blanc comme un loup,Vivre pendant trente ans‖ de marmite en marmite.Plus d’un des jeunes dos,‖ et des plus verts, l’imite.Il leur parle comme aux‖ chefs grecs parlait Nestor.Et celui-là qui suit‖ ses conseils n’a pas tort.Car il est au courant‖ de toutes les histoires,Sait les aboutissants‖ des femmes méritoires,Se feuillette comme un‖ dictionnaire entier,Et vous enseigne à fond‖ tous les trucs du métier.

Aussi, quand, il mourra,‖ car il faut que tout tombe,On souscrira pour lui‖ décerner une tombe ;Les plus durs pousseront‖ des soupirs superflus,Et l’on ira disant‖ que le grand art n’est plus.

En attendant, s’il vit‖ sous ces sales défroques,C’est qu’il le veut ainsi,‖ c’est qu’il chérit ses loques,C’est qu’il tient à porter‖ son uniforme ancien,Comme un vieux général‖ aime à montrer le sien ;C’est qu’il est fier de voir,‖ devant sa triste mise,Les modernes marlous‖ à la fine chemise,Au col cassé rayé‖ de lignes en couleur,Aux pantalons pattus,‖ aux cravates en fleur,Soulever en passant‖ leur casquette de soie.Être ainsi salué,‖ c’est sa gloire et sa joie.Se sentir un aïeul‖ adoré, quel bonheur !N’est-ce pas comme qui‖ dirait sa croix d’honneur ?

Ô vénérable ! On l’aime,‖ on le gave, on le soûle,Pour montrer aux enfants,‖ aux femmes, à la foule,Qu’un vieillard a toujours‖ tout ce qu’il doit avoirLorsque dans sa partie‖ il a fait son devoir.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
22((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6−6
Mots à la rime
a notaire / taire féminine, classiqueb vieux / envieux masculine, classiqueb dimanche / manche féminine, classiquec haillons / graillons masculine, classiqued Grande-Ourse / bourse féminine, classiquee scandaleux / galeux masculine, classiquef dartre / Montmartre féminine, classiquea marlou / loup masculine, non classiqueb marmite / l’imite féminine, classiquec Nestor / tort masculine, non classiqued histoires / méritoires féminine, classiquee entier / métier masculine, classiquea tombe féminine, classiqueb superflus / plus masculine, classiquea défroques / loques féminine, classiqueb ancien / sien masculine, classiquec mise / chemise féminine, classiqued couleur / fleur masculine, classiquee soie / joie féminine, classiquef bonheur / d’honneur masculine, classiquea soûle / foule féminine, classiqueb avoir / devoir masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 2.0· écart moyen à la rime classique 0.5

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La chanson des gueux, Paris, Maurice Dreyfous, éditeur, 1881· numérisation ebooksgratuits.com· Sources