La mer, 1894· Les grandes chansons· VII La gloire de l’eau
« Cette goutte, d’abord, voici comme elle est née »
Cette goutte, d’abord,‖ voici comme elle est née.Tu la comprendras mieux,‖ sachant sa destinée.La mer est l’alambic‖ d’où jaillit son éveil.Cet alambic, chauffé‖ par les rais de soleilQui lui dardent d’aplomb‖ leur flamme incendiaire,Présente à ce foyer‖ l’équateur pour chaudière.Les hauts confins de l’air‖ en sont le chapiteau,Où monte la vapeur‖ s’exhalant de cette eau.Elle y pourrait planer,‖ puis tomber de ce faite.Mais du sûr alambic‖ la figure est parfaite.Les pôles, les sommets,‖ sont ses réfrigérants.Ses récipients sont‖ les glaciers, les torrentsEt les lacs endormis‖ dans le creux des vallées.Ainsi des flots amers‖ les ondes dessaléesSe distillent sans cesse‖ et font ces gouttes d’eau.Qui sont d’abord nuage‖ au mobile rideauD’où la pluie en tombant‖ fertilise les graines.Puis infiltrations‖ et sources souterraines,Puis ruisselets chanteurs,‖ puis ruisseaux tortueux.Puis rivières, enfin‖ fleuves majestueuxDont le cours lentement‖ par les champs se dérouleEt dont les flots grossis,‖ entraînant dans leur houleLes sels du sol poudreux‖ et du roc écrêté,S’en vont rendre à la mer‖ plus qu’elle n’a prêté.Plus, et moins toutefois.‖ Car ce qu’elle prête, elle,C’est sa force sans fin,‖ sa jeunesse immortelle,Son cœur purifiant‖ où toute mort renaît.Oui, l’eau douce qui court‖ sur notre globe en estComme le sang. Ce sang‖ circule dans les terresPar les fleuves, par les‖ rivières, ces artèresQue les membres du sol‖ sentent fluer en eux.Mais le sang lourd, au bout‖ de sa course, est veineux.Fait pour battre et courir,‖ son épaisseur le gêne.Noir, il a besoin d’air,‖ il a soif d’oxygène.C’est seulement au cœur‖ qu’il peut, ressuscité,Reconquérir sa pourpre‖ et sa limpidité.Or peut-être, après tout,‖ que ce n’est pas démenceDe voir dans notre globe‖ un animal immense.Encore inconscient‖ sans doute, mais vivant,Ayant pour corps la terre,‖ et pour souffle le vent,Et pour poils les forêts,‖ et pour cri la tempète ;Et si, vivante ainsi,‖ la gigantesque bêteA des veines où roule‖ un sang plein de vigueur.L’eau n’est rien que ce sang,‖ la mer en est le cœur.
Versification
- Forme
- 1 distiques (distiques)
- Rimes
- 22((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6−6
- Strophes
- 1 distiques
- Mots à la rime
- a née / destinée féminine, classiqueb éveil / soleil masculine, classiquec incendiaire / chaudière féminine, classiqued chapiteau / eau masculine, classiquee faite / parfaite féminine, classiquef réfrigérants / torrents masculine, classiqueg vallées / dessalées féminine, classiqueh d’eau / rideau masculine, classiquei graines / souterraines féminine, classiquej tortueux / majestueux masculine, classiquek déroule / houle féminine, classiquel écrêté / prêté masculine, classiquem elle / immortelle féminine, classiquen renaît / est masculine, classiqueo terres / artères féminine, classiquep eux / veineux masculine, classiqueq gêne / d’oxygène féminine, classiquer ressuscité / limpidité masculine, classiques démence / immense féminine, classiquet vivant / vent masculine, classiqueu tempète / bête féminine, classiquev vigueur / cœur masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.0· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La mer, Paris, Charpentier et Fasquelle, 1894· numérisation wikisource.org· Sources