Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La mer, 1894· Les litanies de la mer

I. Les litanies de la mer

Jean Richepin· terza rima classique, alexandrins, 574 vers

Sancta Maria ! Mers,‖ mers saintes, mers bénies.Mers qui faites la mer,‖ c’est vers vous, vers toi. Mer,Que veut s’épanouir‖ en riches litanies

Le jardin de mon âme‖ où le blasphème amerBrûlait hier encor‖ pétales et corolles.Au livre des chrétiens‖ j’ai choisi le même air,

Les mêmes oraisons‖ et les mêmes parolesQu’ils exhalent vers la‖ Mère de leur Sauveur.Pour toi j’ai déroulé‖ l’or de ces banderoles,

Pour loi du vin dévot‖ j’ai goûté la saveur,Je me suis enivré‖ de son bouquet mystique.Et l’athée a connu‖ l’extase et la ferveur.

Ô mer, j’ai retrouvé‖ la foi, moi le sceptique.J’ai retrouvé l’amour,‖ moi le cœur mécréant,Moi le tueur de Dieux,‖ pour chanter ton cantique.

Déesse que je vois‖ sans relâche créant,Et toujours pullulante‖ et jamais immobile,Ordre et chaos, matière‖ et force, être et néant !

Mais pour te célébrer‖ que je me sens débile !Rien que de le vouloir,‖ j’en ai les nerfs tordus.Comme des flots de sang,‖ comme des jets de bile,

Comme un torrent de lave‖ et de métaux fondus,Les mots en tourbillons‖ me montent à la bouche,Pressés, tumultueux,‖ bouillonnants, éperdus.

Ô monstrueux enfants‖ dont il faut que j’accouche !Mon palais se déchire‖ à leurs fracas grondants,Ma langue se dessèche‖ à leur souffle farouche,

Mes lèvres vont se fondre‖ à leurs charbons ardents.Et ces escadrons fous‖ galopant ventre à terreM’arrachent la poitrine‖ et me brisent les dents.

Ô mer, que dans tes eaux‖ leur feu se désaltère !Images, verbes, vers,‖ allez, prenez l’essor,Ruez-vous dans son gouffre,‖ assaillez son mystère.

Et tâchez d’être aussi‖ brillants que son trésor,Mots aux casques d’argent‖ lourds de joaillerie,Mots caparaçonnés‖ de diamants et d’or !

Sainte mère de Dieu,‖ car c’est toi la patrieDe l’homme, et Dieu naquit‖ dès que l’homme eut rêvé ;C’est de ton horizon‖ et de sa rêverie

Que pour la prime fois‖ le spectre s’est levé.Ô spectre vague, qui‖ d’abord des flots émerges,Tu leur dois d’être au monde,‖ à nous d’être achevé.

Mer, église où la nuit‖ vient allumer des cierges,Où le soir s’évapore‖ en nuages d’encens,Où le chrétien le voit,‖ Sainte Vierge des Vierges,

Dans le magnificat‖ des Chérubins dansantsQui te font un grand dais‖ de l’ombre de leurs ailesCependant que ton fils‖ sourit à leurs accents.

Mère du Christ, de moi‖ n’espère point ces zèles.C’est la mer que je vois‖ dans la mer, et non pasCes images d’un culte‖ insipide sans elles,

La mer, azur et moire,‖ émeraude et lampas,La mer aux flots sauteurs‖ comme un troupeau de zèbres.La Mère de l’auteur‖ de la grâce, aux appas

Innombrables, divers,‖ gais ensemble et funèbres,Car la grâce est la vie.‖ et l’onde en est l’auteur,Et la clarté du jour‖ surgit de ses ténèbres.

Ô mer, déroule ici‖ tes flux avec lenteur,Et fais voir à mes yeux‖ d’autres allégoriesQue Mère du Sauveur,‖ Mère du Créateur.

Mère très-pure, ô mer‖ où les algues flétries,Les éléments dissous,‖ les corps décomposés,Les putréfactions‖ et les pouacreries,

Pour des êtres nouveaux‖ bientôt organisésRetrouvent la jeunesse‖ et sa fleur d’innocenceDans ta suave haleine‖ et tes vivants baisers !

Mère très-pure en qui‖ la mort devient naissance,Mère très-pure en qui‖ l’immonde s’abolit,Mère très-pure en qui‖ l’impur change d’essence !

Mère très-chaste, nul‖ ne partage ton lit,Ni le soleil royal‖ l’embrasant de son faste,Ni l’homme qui de sa‖ vermine le salit,

Ni le vent qui s’y vautre‖ en rut et le dévaste.Dans ce lit tout ouvert‖ ton corps s’offre tout nu ;Mais il reste à jamais‖ sacré, Mère très-chaste.

Car, Mère toujours vierge,‖ aucun ne l’a tenuPantelant dans ses bras,‖ pâmé sous ses caresses.Et l’homme vieillira,‖ le vent sera chenu,

Le soleil décrépit‖ perdra l’or de ses tresses,Tous tes amants seront‖ dans la caducité,Eux, vainqueurs qui comptaient‖ par milliers leurs maîtresses,

Eux, don Juans au désir‖ sans relâche excité,Tous s’useront dans leur‖ concupiscence vaine,Avant d’avoir fait brèche‖ à ta virginité.

Mère sans tache à qui‖ nul n’a mis dans les veinesUne goutte de sang‖ au germe adultérin !Cavale en liberté‖ qui mâches des verveines

D’une bouche où jamais‖ on n’a passé le frein ;Amazone sauvage‖ et fièrement rebelle,Aux flancs drapés d’hermine,‖ aux seins bardés d’airain,

Indomptable tigresse‖ aux yeux de colombelleToujours extasiés‖ et toujours langoureux ;Mère sans tache et pour‖ cela d’autant plus belle.

Car les amants, plus forts‖ de ce qu’on fait contre eux,À tes rebellions‖ doublent leurs convoitises,Et les plus dédaignés‖ sont les plus amoureux.

Pourtant, sans le vouloir,‖ c’est toi qui les courtises,Mère aimable et les feux‖ qui leur brûlent les reins,Inextinguibles, fous,‖ c’est toi qui les attises ;

C’est toi, c’est ton regard‖ aux aimants souverains,Tes cheveux dénoués‖ flottant en mèches vertes,Tes membres alanguis,‖ onduleux, vipérins,

Qui promettent l’espoir‖ d’étranges découvertes :Mère aimable, c’est toi‖ qui leur tends comme appâtsTes seins alliciants,‖ tes lèvres entr’ouvertes.

Ah ! qui peut t’approcher‖ et ne te vouloir pas ?Par toi toute abstinence‖ est muée en fringaleÀ la tentation‖ de semblables repas.

Mère admirable, grâce‖ et beauté sans égale,Rien qu’à te contempler,‖ sûr de ne point t’avoir,D’ambroisie à plein cœur‖ déjà l’on se régale.

Nectar des yeux, soma‖ des pensers, réservoirDébordant de splendeurs,‖ de rêves, de féeries,Pour être saoul d’amour‖ il suffit de te voir,

Mère admirable dont‖ les vagues sont fleuriesQuand le couchant ou l’aube‖ au rais papillotantsSèment tous les métaux,‖ toutes les pierreries,

Tous les écrins du prisme‖ en reflets miroitants,Tout l’arc-en-ciel dansant‖ sur ton sein qui chatoie,Mère admirable ayant‖ chaque jour deux printemps !

Mère admirable quand,‖ tel qu’un oiseau de proie,Sur toi plane à midi‖ le féroce soleilDont le vol immobile‖ et dont l’œil qui flamboie

Silencieusement‖ fascinent ton sommeil,Tandis qu’une pudeur‖ trouble ta chair, et sembleY faire à fleur de peau‖ monter un sang vermeil !

Mère admirable où dans‖ la nuit palpite et trembleLe triste et doux visage‖ en pleurs du firmament ;Ruche où, le soir venu,‖ se retrouvent ensemble

Les abeilles du ciel‖ à l’aurore essaimant ;Hôtellerie où las‖ de leur course orageuseLes coureurs d’infini‖ reposent en s’aimant ;

Couche d’Aldébaran‖ et lit de Bételgeuse,Mère admirable dont‖ le giron complaisantUnit ce voyageur‖ et cette voyageuse !

Mère admirable et qui‖ de ton cœur fais présentAussi bien aux petits,‖ aux humbles, qu’aux étoiles,Et qui ne t’appauvris‖ jamais en le faisant,

Mère aux seins toujours pleins,‖ toujours nus et sans voile ;Où plantes, animaux,‖ hommes, tous nous suçonsL’intarissable lait‖ qui réjouit nos moelles.

Vierge vénérable, oh !‖ chère à tes nourrissons,Bonne aïeule par qui‖ notre terre est bercéeAux ronrons endormeurs‖ de lointaines chansons !

Plus vénérable encor‖ depuis que la penséeA mieux su ta grandeur‖ en sondant tes secrets,En apprenant comment‖ par toi fut dispensée

L’originelle vie‖ alors qu’en tes retraitsBouillait obscurément‖ le plus antique germeGros de tous les futurs‖ épanouis après ;

Toi qui marques notre heure,‖ au début comme au terme ;Car le cycle complet‖ des terrestres instants,S’il fut ouvert par toi,‖ c’est par toi qu’il se ferme ;

Toi qui connus le globe‖ encor sans habitants,Et qui le reverras‖ sans un animalcule,Dépouillé de ses bois,‖ les membres grelottants,

Vide de la chaleur‖ qui dans ses flancs circule :Ô mer qui reflétas‖ l’aube des premiers joursEt qui dois refléter‖ le dernier crépuscule !

Vierge puissante, aux pas‖ si légers et si lourds,Guerrière dont les bras‖ à l’étreinte mouvanteSont plus durs que le fer,‖ plus doux que le velours.

Toi qui, lasse parfois‖ d’être notre servante,Veux montrer que tu sais‖ rugir et que tu mords,Et qui surgis alors,‖ le front ceint d’épouvante,

Terrible, crins épars,‖ sans pitié, sans remords.Parmi l’effondrement‖ des flots et des oragesPortant dans chaque main‖ une gerbe de morts.

Vierge puissante, aux cris‖ de haine, aux pâles rages.Qui vas soufflant dans un‖ tempétueux buccinDéracineur de mâts‖ et semeur de naufrages.

Qui de tes ongles verts‖ te lacères le seinEn crachant jusqu’au ciel‖ ta bave jaillissante.Avec des gestes fous‖ et des yeux d’assassin.

Tueuse de ton fils,‖ que ton fils innocente ;Car, lui donnant le jour,‖ le lui prendre est ton droit,Puits d’existence et puits‖ de mort, Vierge puissante !

Vierge clémente, grâce !‖ Il fait nuit, il fait froid.Sur sa nef en cercueil‖ ouvrant sa voile en aile,Le matelot s’embarque.‖ En ta clémence il croit.

Et pour prix de sa foi‖ te voilà maternelle.Hélas ! sans cette mer‖ que deviendraient les siens ?Sa femme et ses petits,‖ leur pâture est en elle.

Aussi pour lui tes flots‖ se font magiciens :Plus il prend de poisson,‖ plus le poisson augmente.Tu rends aux pauvres gueux‖ les miracles anciens,

Multipliant le pain‖ dont leur faim s’alimente,Changeant ton eau salée‖ en des pichets de vin,Ô sorcière qui les‖ nourris, Vierge clémente.

Vierge fidèle, ceux‖ qui vers ton cœur divinOnt exhalé leur deuil,‖ leur joie ou leurs chimères,On n’en connaît pas un‖ qui t’ait priée en vain.

Au triste, avec ses pleurs‖ tes larmes sont amères.Au joyeux tu souris.‖ À tous tu sais payerEn immortel amour‖ leurs amours éphémères.

Vierge fidèle, ainsi‖ quand revient au foyerL’exilé moribond‖ qui sentant fuir sa vieVeut râler dans le nid‖ qui l’a vu bégayer.

Il l’entre, et le foyer‖ de sa flamme ravieTend vers lui ses rayons‖ aux baisers réchauffants,Heureux de contenter‖ cette suprême envie ;

Ainsi tu gardes, toi,‖ pour les vieux, les enfants,L’irrésistible attrait‖ d’une patrie, et douceTa tendresse leur fait‖ des trépas triomphants.

Ils ont connu pourtant‖ ta voix qui se courrouce ;Ils ont eu contre toi‖ des luttes sans quartier ;Depuis l’âge où l’on part‖ en pleurant, pauvre mousse,

Jusqu’à l’âge où, fourbu,‖ l’on quitte le métier,Ils ont peiné sur toi‖ durement et sans trêves,De dix à soixante ans,‖ un demi-siècle entier ;

Et ce qui reste encor‖ d’huile à leurs lampes brèvesAu lieu de l’abriter‖ dans la paix des maisons,Ils viennent jusqu’au bout‖ l’user au vent des grèves.

Il leur faut ton haleine‖ et tes grands horizons,La mouette effleurant‖ les vagues d’un coup d’aile,Les moutons écumeux‖ secouant leurs toisons,

Et ton âme enfin, car‖ leur âme est faite d’elle,Âme d’enfants, cristal‖ aussi clair que leurs yeux,Aussi pur que ton cœur,‖ cœur d’or, Vierge fidèle !

Miroir de la justice,‖ exact et spacieux,Devant qui tout défile,‖ en qui rien ne demeure,Où l’on peut de sa main‖ toucher le fond des cieux,

Où l’homme épouvanté‖ qui sombre, avant qu’il meureRevoit comme un éclair‖ sa vie en un moment !Miroir impartial‖ où sont à la même heure

Tous les matins levés,‖ toutes les nuits dormant,Tous les rayons, tous les‖ fantômes de la nue,Tout le fourmillement‖ sans fin du firmament.

Et jusqu’aux gouffres noirs‖ pleins d’une ombre inconnueOù roulent radieux‖ des astres si lointainsQue leur lumière à nous‖ n’est pas encor venue.

Miroir de la justice,‖ où nos futurs destinsSont écrits près de notre‖ existence passée,Réglés fatalement‖ par des arrêts certains,

Miroir où l’infini‖ regarde sa pensée,Pèse le mal, le bien,‖ et, les équilibrant,La trouve aux deux plateaux‖ strictement balancée.

Miroir de la justice,‖ où l’homme injuste apprendQue ce mal et ce bien‖ ne sont rien qu’apparences :Car ce que prend un jour,‖ un autre nous le rend.

Trône de la sagesse‖ aux tendres remontrances,Nous enseignant ainsi‖ par ta sérénitéL’oubli des vains espoirs,‖ des regrets et des transes ;

Trône où notre regard‖ se connaît limité,Et revenu du rêve‖ et des apothéoses,À conscience enfin‖ de notre humilité.

Mais trône dont l’épine‖ aussi porte des roses ;Parfum d’où monte au cœur‖ le légitime orgueilDe gravir jusqu’à toi‖ par l’escalier des causes,

De voir le fond du temple‖ en en baisant le seuil,Et d’y trouver la grande‖ Isis qui, dévoilée,Nous prendra par la main‖ pour nous y faire accueil.

Trône de la sagesse‖ aux pieds de mausolée,Mais au dais triomphal‖ où flambe un ostensoir,Ô science, ô tombeau‖ de la foi désolée,

Berceau de l’espérance,‖ aube qui nais du soir,Ô mer qui nous montras‖ nos fins, notre origine,Trône de la sagesse‖ où l’homme va s’asseoir !

Cause de notre joie,‖ où la Grèce imagine,Parmi les rires frais‖ et les cris éclatantsDes trois Grâces, Thalie,‖ Aglaé, Euphrosyne,

Dans les zéphyrs fleuris‖ d’un matin de printemps,Kypris Aphroditè‖ qui jaillit d’une vague,Le corps vêtu d’écume‖ et les cheveux flottants !

Déesse, ô rêve éteint,‖ mais que moi qui divagueJe rêve encor parfois,‖ fils des anciens chanteurs,Déesse dont j’ai vu‖ l’apparition vague,

Le soir, quand l’air traînait‖ de troublantes senteursTandis qu’à l’horizon‖ se gonflaient ta poitrineEt ton ventre où buvaient‖ mes yeux profanateurs ;

Cause de notre joie,‖ Aphroditè marine,J’eusse aimé vivre à l’heure‖ où sur ses noirs chevauxEmportés et ronflant‖ du feu par la narine

Arès te promenait‖ devant les Dieux nouveaux.Quand Héphaistos tout seul‖ blâmait ton adultère,Quand tes crimes d’amour‖ n’avaient que des dévots.

Alors d’une voix forte‖ et sans jamais me taire,Prêtre, aède exalté,‖ j’aurais chanté le losDe ta religion,‖ jeunesse de la terre.

Vase rempli des dons‖ du Saint-Esprit, ô flots,Flots de l’abîme sur‖ lesquels, dit la Genèse,Était porté, devant‖ que rien ne fût éclos.

L’esprit de Dieu ! Flots noirs‖ où roulait à son aiseLe chaos dont ce globe‖ allait sortir vivant,Statue informe encor,‖ bronze dans la fournaise.

Vase, ce saint Esprit,‖ ce Dieu, n’étaient que vent.Ce qui te remplissait‖ à cette heure, ô fantôme,C'est ce qui te remplit‖ toujours, après, avant.

De toute éternité,‖ conclusion, symptôme ;Le rut des éléments‖ en marche vers le rienSe cherchant dans la nuit‖ pour engendrer l’atome.

Vase d’honneur, nombril‖ du monde assyrien,Où l’antique Oannès,‖ dieu-poisson, se révèle,Créant tout, de ses yeux‖ l’espace aérien,

La terre de son cœur,‖ le ciel de sa cervelle,Mais ne le créant pas,‖ toi son prédécesseur.En qui lui-même il rentre‖ et prend forme nouvelle.

Vase insigne, versant‖ la paix et la douceur,Vase aux parois d’argent,‖ aux fines ciselures,Et dont la lèvre pour‖ la nôtre est une sœur,

Ton breuvage est doré‖ comme des chevelures,Vert comme l’émeraude‖ et bleu comme le ciel,Plein d’étranges fraîcheurs‖ et d’étranges brûlures.

Mieux fleurant que la menthe‖ et l’anis et le miel,Et vous laisse à la fin‖ un goût saumâtre et rêche.Plus fade que du sang,‖ plus amer que du fiel.

Vase insigne, car tes‖ vapeurs sont une crècheOù les troupeaux errants‖ des vaches de l’azurPaissent sans l’épuiser‖ une herbe toujours fraîche,

Et se gonflent le pis‖ d’un lait crémeux et purPour le verser en pluie‖ et faire dans la plaineLa chair des fruits, le sang‖ du vin, l’or du blé mûr.

Rose mystique, rose‖ à l’odorante haleine,Ô rose dont le cœur‖ s’entr’ouvre en souriant,Ô rose, fleur d’Hélène‖ et fleur de Madeleine,

Fleur de la volupté,‖ mer qui vas charriantTant d’embryons épars‖ accouplés pêle-mêle,Rose rose au couchant‖ et rose à l’Orient,

Rose dont le calice‖ ardent sent la femelle,Rose que rien ne fane‖ à l’éternel rosier,Rose mystique, rose‖ idéale et formelle ;

Formelle, quand sur toi‖ le soleil en brasierVerse à tes flots sa pourpre‖ et les change en pétalesQue tout son rouge sang‖ ne peut rassasier ;

Formelle, quand alors‖ au loin tu les étalesAinsi qu’une corbeille‖ effeuillée à l’autelEt qu’arrangent en lit‖ des mains sacerdotales ;

Idéale, car sous‖ l’aspect accidentelQue te donnent ainsi‖ ces lueurs passagèresNos périssables yeux‖ perçoivent l’immortel !

Les rêves d’infini,‖ c’est toi qui les suggères,Rose mystique, rose‖ idéale ; et mon cœurA bien pu blasphémer‖ leurs splendeurs mensongères.

Dire qu’à ces désirs‖ éclot notre rancœur,Et crier qu’on est sage‖ en détournant sa boucheDe cette ténébreuse‖ et soûlante liqueur,

Ô rose, malgré tout‖ ton mystère me touche,Et je ne vois jamais‖ au fond de l’horizonDans ton immensité‖ le soleil qui se couche,

Sans regretter le temps‖ où ton divin poisonGuérissait le vieux mal‖ qui ronge nos entrailles,Le vieux mal de douter‖ dont meurt notre raison.

Tour d’ivoire du haut‖ de laquelle tu railles,Ô foi, tranquille foi,‖ nos doutes angoissés,Tour d’ivoire, tour blanche‖ aux solides murailles,

Tour de la certitude‖ où vous vous prélassez,Croyants dont rien n’abat‖ la croyance vivace,Croyants dans la prière‖ et l’espoir cuirassés.

Tour d’ivoire, redoute‖ aux remparts sans crevasse ;Au sommet de laquelle‖ en contemplationLes fidèles pieux‖ voient leur Dieu face à face !

Tour d’ivoire où le Christ‖ parle à sa nation.Et donne à ses élus‖ les clefs adamantinesDe la porte qui clôt‖ la céleste Sion,

Tour d’ivoire, lieu saint‖ dont j’ai fait des sentines,Renonçant à ma part‖ du délice promis,Volontaire exilé‖ des fausses Palestines !

Tour d’ivoire d’où les‖ mécréants sont vomis !Mais Tour d’ivoire aussi‖ de la science obscureQui doit mieux que la foi‖ consoler ses amis.

Maison d’or où se tient,‖ les mains sur la figure,Celle dont Héraclite‖ a vu l’œil caverneux,Celle dont le sourire‖ éclairait Épicure,

Celle dont le baiser‖ s’épanouit en eux,Celle que les chrétiens‖ ont cru mettre au suaireEt qui le déchira‖ de ses doigts lumineux,

La Nature, l’informe,‖ à qui nul statuaireNe peut forger un corps‖ et qui vit cependant,Dernière déité‖ du dernier sanctuaire !

Maison d’or où nous la‖ verrons ! En attendantQue nous ayons conquis‖ les suprêmes sagessesEt que de l’infini‖ l’homme soit confident,

Maison d’or, ô palais‖ regorgeant de richesses,Ô toi qui nous promets‖ le pain de nos esprits,Pour le pain de nos corps‖ tu répands tes largesses.

Sans doute il sera beau‖ d’avoir enfin compris ;Mais pour toucher au but‖ de ce pèlerinage,Il faut vivre d’abord :‖ l’étape est à ce prix.

Et comment vivons-nous,‖ marcheurs qui d’âge en âgeAllons en nous disant‖ qu’on arrive demain,Marcheurs infatigués‖ malgré nos fronts en nage ?

Nous vivons de l’aumône‖ offerte à notre mainPar toi, mer charitable,‖ en qui se vivifieL’air que nous respirons‖ tout le long du chemin.

Par loi, sans qui la terre‖ exsangue, en atrophie,Ne serait bientôt plus‖ qu’un squelette sans chair,Par toi qui nous en fais‖ une table servie,

Maison d’or dont le maître‖ au pauvre n’est pas fierOù les grains prodigués‖ sont à qui les picore,Et grande ouverte à tous‖ sous ton vitrage clair.

Et nul ne sait pourtant‖ quelle splendeur décoreLes creux inexplorés‖ où tes gouffres roulants,Qui donnent tant de biens,‖ en cachent plus encore,

Maison d’or où depuis‖ des mille et des mille ans,Entraînant le meilleur‖ du sol, tombent les fleuves.Maison d’or où s’exhausse‖ en monceaux opulents

La poudre dont naîtront‖ plus tard des îles neuves,Maison d’or où se fait‖ un tas de millionsDu sou des orphelins,‖ de l’obole des veuves,

Et du lourd chargement‖ des riches galions,Tout sombrant pêle-mêle‖ au fond de tes royaumesDont jamais moissonneur‖ n’a fauché les sillons.

Maison d’or, le cristal‖ mobile de tes dômesEst cependant la route‖ où sans peur du dangerVa l’homme curieux‖ des mœurs, des idiomes,

Chercher au loin la main‖ de son frère étranger ;Et grâce à cette route,‖ Arche de l’alliance,Tous les peuples épars‖ ont pu se mélanger.

L’amorce de l’obstacle‖ offerte à leur vaillanceAiguisa l’appétit‖ des efforts généreux ;Et mettant tout, bonheur,‖ patrie, en oubliance,

Ils prirent vers le large‖ un vol aventureuxPour qu’un jour tous les fils‖ rapprochés par tes ondesPussent se reconnaître‖ et se bénir entre eux.

Arche de l’alliance,‖ aux promesses fécondes,C’est par toi que plus tard‖ les races se fondront ;Les mondes séparés‖ ne seront plus deux mondes ;

Le globe n’aura plus‖ qu’un seul cœur, un seul front :Sainte communion‖ de la famille humaineAutour d’un fraternel‖ banquet assise en rond !

Porte du ciel ouvrant‖ ce radieux domaineOù tous seront élus,‖ nuls ne seront maudits.Repos dominical‖ de la longue semaine,

Sûre abolition‖ des antiques éditsQui nous ont condamnés‖ à combattre pour vivre,Porte du ciel, ô seuil‖ des futurs Paradis !

Porte dont au couchant‖ on voit les gonds de cuivre !Beau ciel en qui je n’ai‖ pas foi, ciel du progrès,Souvent je sens en moi‖ sourdre un désir de suivre

Ceux qui marchent vers toi,‖ qui te disent tout près ;Et j’ai beau m’assurer‖ que ton aube est menteuse,Si je ne m’y rends pas,‖ ce n’est point sans regrets.

Étoile du matin,‖ divine entremetteuse,Pardonne si mon cœur‖ résiste à tes clins d’yeux,Aux ensorcèlements‖ de ta voix chuchoteuse,

Et si, rebelle à ton‖ sourire insidieux,Je refuse d’entrer‖ au temple où l’on redressePour ce Dieu nouveau-né‖ l’autel des anciens Dieux.

Étoile du matin,‖ ah ! je comprends l’ivresseDe ceux à qui ta vue‖ a troublé la raison,Et qui, t’aimant ainsi‖ qu’on aime une maîtresse,

Abandonnent pour toi‖ leur mère et leur maison,Sans pouvoir se douter‖ qu’au bout de leur folieLe prix de tant d’amour‖ sera ta trahison.

Toi que ta cruauté‖ rend encor plus jolie,Que de fois ton regard‖ dans ma gorge plantéY laissa le venin‖ de la mélancolie !

Par bonheur il ressemble‖ à ce fer enchanté,Remède autant que mal,‖ qui guérit ceux qu’il blesse.Étoile du matin‖ trompeuse, mais Santé

Des infirmes, ô mer,‖ recours de la faiblesse,Baume énergique et sûr‖ en qui se retrempantLe corps reprend sa sève‖ et l’esprit sa noblesse ;

Bain de vigueur, étreinte‖ aux anneaux de serpent,Lutte contre la vague‖ et le souffle du large,Grains d’iode et de sel‖ que le poudrain répand ;

Rien qu’à humer l’embrun‖ dont s’argente ta marge,Ô mer, rien qu’à courir‖ parmi tes goëmons,Notre sang ressuscite‖ et bat le pas de charge,

Nos enfants délicats‖ redeviennent démons,Le soleil se rallume‖ à leur face blémie ;Et, retrouvant l’Avril,‖ celles que nous aimons

Voient éclore à leur joue‖ une rose endormie.Si bien qu’un ton vermeil‖ empourpre les lis blancsQui tristes s’y fanaient‖ hier dans l’anémie.

Ô mer, vin des petits,‖ lait des vieillards tremblants,En même temps Santé‖ des infirmes de l’âme ;Car l’âme à ton aspect‖ ranime ses élans

Et repart plus allègre‖ au but qui la réclame,Travaux, rêves, pensers,‖ amours, ambitions,Pareille au chevalier‖ qui voyait l’oriflamme.

Las du combat, blessés,‖ vaincus, nous languissions.Mais te voilà, Santé‖ des infirmes. Alerte !Plus de lâches repos !‖ Plus d’hésitations !

Recommençons la lutte,‖ et, fût-ce à notre perte,Marchons ! S’il faut périr,‖ nous périrons debout.On entend le clairon‖ et la lice est ouverte.

L’espoir gonfle mon cœur.‖ Mon œil luit. Mon sang bout.Parmi les rangs épais‖ je taillerai ma route.Le combat sera long ;‖ mais la gloire est au bout.

Et si la gloire doit‖ me faire banqueroute,Si le but se dérobe‖ à mes assauts chercheurs,C’est près de toi qu’ira‖ mon orgueil en déroute ;

Près de toi, pour calmer‖ sa fièvre à tes fraîcheurs,Pour pouvoir de ton sel‖ panser sa cicatrice,Près de toi, près de toi,‖ Refuge des pécheurs,

Solitude pour les‖ vaincus réparatrice,Béquille soutenant‖ les espoirs sans ressort.Mort des remords, tombeau‖ des pleurs, Consolatrice

Des affligés, retraite‖ à l’éclopé qui sortDe la bataille après‖ la dernière trouée,Ligne de sauvetage‖ aux naufragés du sort

Dont la barque ne peut‖ plus être renflouéeEt qui, juste au moment‖ de sombrer sous les flots,Peuvent se raccrocher‖ des doigts à ta bouée.

Refuge des pécheurs,‖ tu connus mes poings closFrappant sur ma poitrine‖ au jour des repentances ;Tu connus mes remords‖ qui crevaient de sanglots.

Mon équité rendant‖ contre moi des sentences,Et mon cœur indigné‖ du mal qu’il avait faitS’infligeant en retour‖ de rudes pénitences.

Mais alors qu’au plus fort‖ du deuil il étouffait,Ô mer, c’est toi qui vins‖ apaiser ses alarmes,Consolatrice des‖ affligés en effet,

Consolatrice aux mots‖ profonds et pleins de charmesQui sais ce qu’il faut dire‖ aux plus désespérés,Consolatrice dont‖ la main sèche leurs larmes !

Ô vous qui comme moi‖ près d’elle souffrirez,Ô vous qui comme nous‖ avez souffert près d’elle,Lamentable troupeau‖ de fous et de navrés

Dont la consolatrice‖ est l’amante fidèle,Ô vous tous qu’elle endort,‖ malades enfançonsPuisant le lait d’oubli‖ dans ses seins d’asphodèle.

Unissez votre voix‖ à la mienne et lançonsVers son trône encensé‖ du feu de nos louangesL’hosanna de nos plus‖ triomphales chansons !

Salut, pleine de grâce‖ en fleurs, Reine des angesAu manteau d’émeraude‖ ourlé de vif-argent,Ô mer qui bois nos pleurs,‖ qui déterges nos fanges,

Qui laves sans dégoût‖ les pieds de l’indigent,Reine qui fais éclore‖ aux vagues où tu marchesUn jardin de joyaux‖ et d’oiseaux ramageant,

Reine dont l’auréole‖ est le grand pont sans archesDe l’arc-en-ciel ouvrant‖ ses bras aux malheureux ;Reine douce aux vieillards,‖ Reine des patriarches,

Qui redeviens servante‖ et nourrice pour eux.Et parfumes leurs jours‖ derniers de longues fêtes,Soufflant à leurs poumons‖ ton souffle généreux ;

Reine de poésie‖ et Reine des prophètes ;Car ceux qui vont portant‖ des ombres dans leurs yeux,C’est de ton infini‖ que leurs ombres sont faites ;

Et ceux qui vont criant‖ de grands mots vers les cieux,Et dont le cœur s’épuise‖ à réchauffer les nôtres,Ces grands mots exaltés‖ au vol audacieux

C’est toi qui les leur dis‖ pour les redire aux autres.Ô toi, langue de feu‖ qui viens les embraser,Ô Reine des martyrs‖ et Reine des apôtres,

Ô reine qui leur mets‖ aux lèvres ton baiser.Ta palme dans la main,‖ ta foi dans les prunelle,Et les forces d’aller‖ et d’évangéliser !

Ô Reine, ô Mer, j’irai !‖ Sur tes vagues, en elles,J’ai passé bien des jours‖ et bien des nuits, rêvantPour tâcher d’entrevoir‖ les splendeurs éternelles

Des symboles cachés‖ sous ton voile mouvant,Miroir incessamment‖ agité qui reflètesLes tourbillons sans but‖ de l’univers vivant.

Et je t’ai vue, Isis‖ aux phrases incomplètes,Kypris Aphroditè‖ fantôme à l’horizon,Nature dont le corps‖ étreint de bandelettes

Reste toujours informe‖ et sans terminaison,Conscience qui veux‖ vainement le connaître,Âme du monde dont‖ le monde est la prison,

Toi qui nais pour mourir‖ et qui meurs pour renaître.Sans pouvoir te fixer,‖ te saisir un instant.Être qui n’es jamais,‖ néant sûr de ton être,

Déesse, je t’ai vue‖ au visage flottantDe la mer qui ruisselle‖ et roule à ton exemple,Impuissante à trouver‖ le niveau qu’elle attend.

Ô toi dont l’infini‖ dans ses flots se contemple,Déesse, pour louer‖ tes charmes souverains,J’ai voulu de mes vers‖ t’édifier ce temple ;

J’ai pris aux mots leurs ors,‖ leurs marbres, leurs airains ;Pillant ces jardiniers,‖ volant ces lapidaires,J’ai cueilli leurs bouquets,‖ j’ai vidé leurs écrins ;

En images flambant‖ comme des lampadairesJ’ai fait s’illuminer‖ d’un rayon fulgurantL’allégorie obscure‖ aux ombres légendaires ;

Parmi les brouillards bleus‖ de l’encens odorant,Des orgues j’ai versé‖ toutes les harmonies,Susurrements de brise‖ et fracas de torrent,

Et chantant de mon mieux‖ en syllabes béniesTa grâce et tes fiertés,‖ ta force et tes douceurs,J’ai répandu mon cœur‖ d’athée en litanies

Pour confesser ta foi,‖ Reine des confesseurs.

Versification

Forme
Terza rima classique (terza rima)
Rimes
191(aba) b
Mètre
Alexandrins· profil 6−6
Mots à la rime
a bénies / litanies féminine, classiqueb Mer / amer / air masculine, classiqueb corolles / paroles / banderoles féminine, classiqueb Sauveur / saveur / ferveur masculine, classiqueb mystique / sceptique / cantique féminine, classiqueb mécréant / créant / néant masculine, classiqueb immobile / débile / bile féminine, classiqueb tordus / fondus / éperdus masculine, classiqueb bouche / j’accouche / farouche féminine, classiqueb grondants / ardents / dents masculine, classiqueb terre / désaltère / mystère féminine, classiqueb l’essor / trésor / d’or masculine, classiqueb joaillerie / patrie / rêverie féminine, classiqueb rêvé / levé / achevé masculine, classiqueb émerges / cierges / Vierges féminine, classiqueb d’encens / dansants / accents masculine, classiqueb ailes / zèles / elles féminine, classiqueb pas / lampas / appas masculine, classiqueb zèbres / funèbres / ténèbres féminine, classiqueb l’auteur / lenteur / Créateur masculine, classiqueb allégories / flétries / pouacreries féminine, classiqueb décomposés / organisés / baisers masculine, classiqueb d’innocence / naissance / d’essence féminine, classiqueb s’abolit / lit / salit masculine, classiqueb faste / dévaste / très-chaste féminine, classiqueb nu / tenu / chenu masculine, classiqueb caresses / tresses / maîtresses féminine, classiqueb caducité / excité / virginité masculine, classiqueb vaine / veines / verveines féminine, classiqueb adultérin / frein / d’airain masculine, classiqueb rebelle / colombelle / belle féminine, classiqueb langoureux / eux / amoureux masculine, classiqueb convoitises / courtises / attises féminine, classiqueb reins / souverains / vipérins masculine, classiqueb vertes / découvertes / entr’ouvertes féminine, classiqueb appâts / pas / repas masculine, classiqueb fringale / égale / régale féminine, classiqueb t’avoir / réservoir / voir masculine, classiqueb féeries / fleuries / pierreries féminine, classiqueb papillotants / miroitants / printemps masculine, classiqueb chatoie / proie / flamboie féminine, classiqueb soleil / sommeil / vermeil masculine, classiqueb semble / tremble / ensemble féminine, classiqueb firmament / essaimant masculine, classiqueb orageuse / Bételgeuse / voyageuse féminine, classiquec s’aimant / complaisant masculine, classiquea présent / faisant masculine, classiqueb étoiles / voile / moelles féminine, classiqueb suçons / nourrissons / chansons masculine, classiqueb bercée / pensée / dispensée féminine, classiqueb secrets / retraits / après masculine, classiqueb germe / terme / ferme féminine, classiqueb instants / habitants / grelottants masculine, classiqueb animalcule / circule / crépuscule féminine, classiqueb jours / lourds / velours masculine, non classiqueb mouvante / servante / d’épouvante féminine, classiqueb mords / remords / morts masculine, classiqueb orages / rages / naufrages féminine, classiqueb buccin / sein / d’assassin masculine, classiqueb jaillissante / innocente / puissante féminine, classiqueb droit / froid / croit masculine, classiqueb aile / maternelle / elle féminine, classiqueb siens / magiciens masculine, classiqueb augmente / s’alimente / clémente féminine, classiquec anciens / vin masculine, classiquea divin / vain masculine, classiqueb chimères / amères / éphémères féminine, classiqueb payer / foyer / bégayer masculine, classiqueb vie / ravie / envie féminine, classiqueb réchauffants / enfants / triomphants masculine, classiqueb douce / courrouce / mousse féminine, classiqueb quartier / métier / entier masculine, classiqueb trêves / brèves / grèves féminine, classiqueb maisons / horizons / toisons masculine, classiqueb d’aile / d’elle / fidèle féminine, classiqueb yeux / spacieux / cieux masculine, classiqueb demeure / meure / heure féminine, classiqueb moment / dormant / firmament masculine, classiqueb nue / inconnue / venue féminine, classiqueb lointains / destins / certains masculine, classiqueb passée / pensée / balancée féminine, classiqueb équilibrant / apprend / rend masculine, classiqueb qu’apparences / remontrances / transes féminine, classiqueb sérénité / limité / humilité masculine, classiqueb apothéoses / roses / causes féminine, classiqueb orgueil / seuil / accueil masculine, classiqueb dévoilée / mausolée / désolée féminine, classiqueb ostensoir / soir / s’asseoir masculine, classiqueb origine / imagine / Euphrosyne féminine, classiqueb éclatants / printemps / flottants masculine, classiqueb vague / divague féminine, non classiqueb chanteurs / senteurs / profanateurs masculine, classiqueb poitrine / marine / narine féminine, non classiqueb chevaux / nouveaux masculine, classiqueb adultère / taire / terre féminine, classiquec dévots / los masculine, classiquea flots / éclos masculine, classiqueb Genèse / aise / fournaise féminine, classiqueb vivant / vent / avant masculine, classiqueb fantôme / symptôme / l’atome féminine, classiqueb rien / assyrien / aérien masculine, classiqueb révèle / cervelle / nouvelle féminine, classiqueb prédécesseur / douceur / sœur masculine, classiqueb ciselures / chevelures / brûlures féminine, classiqueb ciel / miel / fiel masculine, classiqueb rêche / crèche / fraîche féminine, classiqueb l’azur / pur / mûr masculine, classiqueb plaine / haleine / Madeleine féminine, classiqueb souriant / charriant / l’Orient masculine, classiqueb pêle-mêle / femelle / formelle féminine, classiqueb rosier / brasier / rassasier masculine, classiqueb pétales / étales / sacerdotales féminine, classiqueb l’autel / accidentel / l’immortel masculine, classiqueb passagères / suggères / mensongères féminine, classiqueb cœur / rancœur / liqueur masculine, classiqueb bouche / touche / couche féminine, classiqueb l’horizon / poison / raison masculine, classiqueb entrailles / railles / murailles féminine, classiqueb angoissés / prélassez / cuirassés masculine, classiqueb vivace / crevasse / face féminine, classiqueb contemplation / nation / Sion masculine, classiqueb adamantines / sentines / Palestines féminine, classiqueb promis / vomis / amis masculine, non classiqueb obscure / figure / Épicure féminine, classiqueb caverneux / eux / lumineux masculine, classiqueb suaire / statuaire / sanctuaire féminine, classiqueb cependant / attendant / confident masculine, classiqueb sagesses / richesses / largesses féminine, classiqueb esprits / compris / prix masculine, classiqueb pèlerinage / âge / nage féminine, classiqueb demain / main / chemin masculine, classiqueb vivifie / atrophie / servie féminine, classiqueb chair / fier / clair masculine, classiqueb picore / décore / encore féminine, classiqueb roulants / ans / opulents masculine, classiqueb fleuves / neuves / veuves féminine, classiqueb millions / galions / sillons masculine, classiqueb royaumes / dômes / idiomes féminine, classiqueb danger / étranger / mélanger masculine, classiqueb l’alliance / vaillance / oubliance féminine, classiqueb généreux / aventureux / eux masculine, classiqueb ondes / fécondes / mondes féminine, classiqueb fondront / front / rond masculine, classiqueb humaine / domaine / semaine féminine, classiqueb maudits / édits / Paradis masculine, classiqueb vivre / cuivre / suivre féminine, classiqueb progrès / près / regrets masculine, classiqueb menteuse / entremetteuse / chuchoteuse féminine, classiqueb d’yeux / insidieux / Dieux masculine, classiqueb redresse / l’ivresse / maîtresse féminine, classiqueb raison / maison / trahison masculine, classiqueb folie / jolie / mélancolie féminine, classiqueb planté / enchanté / Santé masculine, classiqueb blesse / faiblesse / noblesse féminine, classiqueb retrempant / serpent / répand masculine, classiqueb large / marge / charge féminine, classiqueb goëmons / démons / aimons masculine, classiqueb blémie / endormie / l’anémie féminine, classiqueb blancs / tremblants / élans masculine, classiqueb l’âme / réclame / l’oriflamme féminine, classiqueb ambitions / languissions / d’hésitations masculine, classiqueb Alerte / perte / ouverte féminine, classiqueb debout / bout masculine, classiqueb route / banqueroute / déroute féminine, classiqueb chercheurs / fraîcheurs / pécheurs masculine, classiqueb cicatrice / réparatrice / Consolatrice féminine, classiqueb ressort / sort masculine, classiqueb trouée / renflouée / bouée féminine, classiqueb flots / clos / sanglots masculine, classiqueb repentances / sentences / pénitences féminine, classiqueb fait / étouffait / effet masculine, classiqueb alarmes / charmes / larmes féminine, classiqueb désespérés / souffrirez / navrés masculine, classiqueb d’elle / fidèle / d’asphodèle féminine, classiqueb enfançons / lançons / chansons masculine, classiqueb louanges / anges / fanges féminine, classiqueb vif-argent / l’indigent / ramageant masculine, classiqueb marches / arches / patriarches féminine, classiqueb malheureux / eux masculine, classiqueb fêtes / prophètes / faites féminine, classiquec généreux / yeux masculine, classiquea cieux / audacieux masculine, classiqueb nôtres / autres / apôtres féminine, classiqueb embraser / baiser / d’évangéliser masculine, classiqueb prunelle / elles / éternelles féminine, classiqueb rêvant / mouvant / vivant masculine, classiqueb reflètes / incomplètes / bandelettes féminine, classiqueb l’horizon / terminaison / prison masculine, classiqueb connaître / renaître / être féminine, classiqueb instant / flottant / attend masculine, classiqueb exemple / contemple / temple féminine, classiqueb souverains / airains / écrins masculine, classiqueb lapidaires / lampadaires / légendaires féminine, classiqueb fulgurant / odorant / torrent masculine, classiqueb harmonies / bénies / litanies féminine, classiqueb douceurs / confesseurs masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.9· écart moyen à la rime classique 0.1

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

574 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La mer, Paris, Charpentier et Fasquelle, 1894· numérisation wikisource.org· Sources