Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les caresses, 1877· Brumaire

XV. Le violon

Jean Richepin· 17 quatrains, heptasyllabes, 68 vers

Mon cœur est un violonSur lequel ton archet joue,Et qui vibre tout du long,Appuyé contre ta joue.

Tantôt l'air est vif et gaiComme un refrain de folie,Tantôt le son fatiguéTraîne avec mélancolie.

C'est la chanson des baisersQui d'abord court, saute et dansePuis en rhythmes apaisésS'endort sur une cadence.

C'est la chanson des seins blancsQui s'enflent comme des vagues,Puis qui se calment, tremblantsComme un lac aux frissons vagues.

C'est la chanson de ton corpsQui fait chanter ses caresses,Puis s'éteint dans des accordsDe langoureuses paresses.

C'est la chanson qui rend fou.Rends-moi fou, ça te regarde ;Mais si tu fais trop joujouSur le violon, prends garde !

Prends garde ! l'âme est debout ;Les quatre cordes, torduesSur les clefs tout près du tout.Jusqu'à casser sont tendues.

Et pourtant, ô fol archet,Sur ces cordes tu gambillesComme ce clown qui marchaitEn dansant sur des coquilles.

Ta vas, tu les prends d'assaut,Et tu mords leur nerf qui vibre,Et tu bondis, et d'un sautTu leur fais grincer la fibre ;

Et pleurant à pleine voix,Pour si peu que tu le veuilles,Les cordes, l'âme et le bois,Tremblent ainsi que des feuilles.

A force de t'amuserEn caprices trop agiles,Tu finiras par userLes pauvres cordes fragiles.

Rompu comme un vieux tremplin,Déjà le bois perd sa force,Et sur l'âme qui se plaintIl se fend comme une écorce.

Un jour, sous un dernier coup,La merveilleuse machineEntre tes doigts et ton couLaissant craquer son échine,

Dans un tradéridéraOu quelque autre galipèteL'instrument éclateraComme une bulle qui pète.

Prends garde ! le bois méchantEntrera dans ta main douce ;Les cordes en se lâchantTe cingleront la frimousse.

Alors l'archet, mais en vain,Regrettera ses folies ;Car du violon divinEt des cordes abolies

Il ne te restera plusQu'un trait bleu sur ta peau mate,Des repentirs superflus,Et puis du sang sur la patte.

Versification

Forme
17 quatrains (quatrains)
Rimes
17(abab)
Mètre
Heptasyllabes
Strophes
17 quatrains
Mots à la rime
a violon / long masculine, non classiqueb joue féminine, classiquea gai / fatigué masculine, équivalenteb folie / mélancolie féminine, classiquea baisers / apaisés masculine, classiqueb danse / cadence féminine, classiquea blancs / tremblants masculine, classiqueb vagues féminine, classiquea corps / accords masculine, classiqueb caresses / paresses féminine, classiquea fou / joujou masculine, classiqueb regarde / garde féminine, classiquea debout / tout masculine, classiqueb tordues / tendues féminine, classiquea archet / marchait masculine, classiqueb gambilles / coquilles féminine, classiquea d'assaut / saut masculine, classiqueb vibre / fibre féminine, classiquea voix / bois masculine, classiqueb veuilles / feuilles féminine, classiquea t'amuser / user masculine, classiqueb agiles / fragiles féminine, classiquea tremplin / plaint masculine, non classiqueb force / écorce féminine, classiquea coup / cou masculine, non classiqueb machine / échine féminine, classiquea tradéridéra / éclatera masculine, classiqueb galipète / pète féminine, classiquea méchant / lâchant masculine, classiqueb douce / frimousse féminine, classiquea vain / divin masculine, classiqueb folies / abolies féminine, classiquea plus / superflus masculine, classiqueb mate / patte féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 2.4· écart moyen à la rime classique 0.4

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

68 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Caresses, Paris, G. CHARPENTIER ET Cie, ÉDITEURS, 1877· numérisation archive.org· Sources