Album zutique, 1872· [Album zutique]
Remembrances du vieillard idiot
Pardon, mon père !Jeune, aux foires de campagne,Je cherchais, non le tir banal où tout coup gagne,Mais l’endroit plein de cris où les ânes, le flancFatigué, déployaient ce long tube sanglantQue je ne comprends pas encore !…
Et puis ma mère,Dont la chemise avait une senteur amèreQuoique fripée au bas et jaune comme un fruit,Ma mère qui montait au lit avec un bruit— Fils du travail pourtant, — ma mère, avec sa cuisseDe femme mûre, avec ses reins très gros où plisseLe linge, me donna ces chaleurs que l’on tait !…Une honte plus crue et plus calme, c’étaitQuand ma petite sœur, au retour de la classe,Ayant usé longtemps ses sabots sur la glace,Pissait, et regardait s’échapper de sa lèvreD’en bas, serrée et rose, un fil d’urine mièvre !…
Ô pardon !Je songeais à mon père parfois :Le soir, le jeu de carte et les mots plus grivois,Le voisin, et moi qu’on écartait, choses vues…— Car un père est troublant ! — et les choses conçues !…Son genou, câlineur parfois ; son pantalonDont mon doigt désirait ouvrir la fente,… — oh ! non ! —Pour avoir le bout, gros, noir et dur, de mon père,Dont la pileuse main me berçait !…Je veux taireLe pot, l’assiette à manche, entrevue au grenier,Les almanachs couverts en rouge, et le panierDe charpie, et la Bible, et les lieux, et la bonne,La Sainte-Vierge et le crucifix…Oh ! PersonneNe fut si fréquemment troublé, comme étonné !Et maintenant, que le pardon me soit donné :Puisque les sens infects m’ont mis de leurs victimes,Je me confesse de l’aveu des jeunes crimes !…
Puis ! — qu’il me soit permis de parler au Seigneur !Pourquoi la puberté tardive et le malheurDu gland tenace et trop consulté ? Pourquoi l’ombreSi lente au bas du ventre ? et ces terreurs sans nombreComblant toujours la joie ainsi qu’un gravier noir ?
Moi j’ai toujours été stupéfait ! Quoi savoir ?
Pardonné ?…Reprenez la chancelière bleue,Mon père.O cette enfance !…
· · · · · · · — Et tirons-nous la queue !
FRANÇOIS COPPÉE. A. R.
Versification
- Forme
- Strophes régulières
- Rimes
- 4(abbacc)
- Mètre
- Octosyllabes
- Mots à la rime
- a père / campagne / sanglant féminine, classiqueb gagne / flanc masculine, classiquea encore / mère / amère masculine, classiqueb fruit / plisse féminine, classiquec bruit / cuisse masculine, classiqued tait / c’était masculine, classiquee classe / mièvre féminine, classiquef glace / lèvre masculine, classiquea pardon / parfois / grivois masculine, classiqueb vues / non féminine, classiquec conçues / pantalon masculine, classiqued père / berçait / taire masculine, équivalente
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, Bibliothèque de la Pléiade - Gallimard, 1963· numérisation wikisource.org· Sources