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un seul est le mot juste.

ŒUVRES (Compléments), 1872· Poésies

Les mains de Jeanne-marie

Arthur Rimbaud· distiques, alexandrins, 64 vers

Jeanne-Marie a des mains fortes,Mains sombres que l’été tanna,Mains pâles comme des mains mortes.— Sont-ce des mains de Juana ?

Ont-elles pris les crèmes brunesSur les mares des voluptés ?Ont-elles trempé dans des lunesAux étangs de sérénités ?

Ont-elles bu des cieux barbares,Calmes sur les genoux charmants ?Ont-elles roulé des cigaresOu trafiqué des diamants ?

Sur les pieds ardents des MadonesOnt-elles fané des fleurs d’or ?C’est le sang noir des belladonesQui dans leur paume éclate et dort.

Mains chasseresses des diptèresDont bombinent les bleuisonsAurorales, vers les nectaires ?Mains décanteuses de poisons ?

Oh ! quel Rêve les a saisiesDans les pandiculations ?Un rêve inouï des Asies,Des Khenghavars ou des Sions ?

− Ces mains n’ont pas vendu d’oranges,Ni bruni sur les pieds des dieux :Ces mains n’ont pas lavé les langesDes lourds petits enfants sans yeux.

Ce ne sont pas mains de cousineNi d’ouvrières aux gros frontsQue brûle, aux bois puant l’usine,Un soleil ivre de goudrons.

Ce sont des ployeuses d’échines,Des mains qui ne font jamais mal,Plus fatales que des machines,Plus fortes que tout un cheval !

Remuant comme des fournaises,Et secouant tous ses frissons,Leur chair chante des MarseillaisesEt jamais les Eleisons !

Ça serrerait vos cous, ô femmesMauvaises, ça broierait vos mains,Femmes nobles, vos mains infâmesPleines de blancs et de carmins.

L’éclat de ces mains amoureusesTourne le crâne des brebis !Dans leurs phalanges savoureusesLe grand soleil met un rubis !

Une tache de populaceLes brunit comme un sein d’hier ;Le dos de ces Mains est la placeQu’en baisa tout Révolté fier !

Elles ont pâli, merveilleuses,Au grand soleil d’amour chargé,Sur le bronze des mitrailleusesÀ travers Paris insurgé !

Ah ! quelquefois, ô Mains sacrées,À vos poings, Mains où tremblent nosLèvres jamais désenivrées,Crie une chaîne aux clairs anneaux !

Et c’est un soubresaut étrangeDans nos êtres, quand, quelquefois,On veut vous déhâler, Mains d’ange,En vous faisant saigner les doigts !

Versification

Forme
Distiques
Rimes
5((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a fortes / tanna masculine, classiqueb mortes / Juana féminine, classiquea brunes / voluptés masculine, classiqueb lunes / sérénités féminine, classiquea barbares / charmants masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

64 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres, Paris, MERCURE DE FRANCE, 1958· numérisation wikisource.org· Sources