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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres, 1873· Les illuminations· I. vers nouveaux et chansons

Comédie de la soif

Arthur Rimbaud· strophes régulières, alexandrins surtout, 75 vers

I Les parents

Nous sommes tes Grands Parents,Les Grands !Couverts des froides sueursDe la lune et des verdures.Nos vins secs avaient du cœur !Au soleil sans impostureQue faut-il à l’homme ? boire.

‒ Mourir aux fleuves barbares.

Nous sommes tes Grands ParentsDes champs.L’eau est au fond des osiers :Vois le courant du fosséAutour du château mouillé.Descendons en nos celliers ;Après, le cidre et le lait.

‒ Aller où boivent les vaches.

Nous sommes tes Grands Parents ;Tiens, prendsLes liqueurs dans nos armoires.Le Thé, le Café, si rares,Frémissent dans les bouilloires.‒ Vois les images, les fleurs.Nous rentrons du cimetière.

‒ Ah ! tarir toutes les urnes !

II L’esprit

Éternelles Ondines,Divisez l’eau fine.

Vénus, sœur de l’azur.Émeus le flot pur.

Juifs errants de Norwège,Dites-moi la neige.

Anciens exilés chers,Dites-moi la mer.

‒ Non, plus ces boissons pures,Ces fleurs d’eau pour verres,Légendes ni figuresNe me désaltèrent.

Chansonnier, ta filleuleC’est ma soif si folle,Hydre intime sans gueulesQui mine et désole.

III Les amis

Viens, les Vins vont aux plages,Et les flots par millions !Vois le Bitter sauvageRouler du haut des monts !

Gagnons, pèlerins sages,L’Absinthe aux verts piliers…

‒ Plus ces paysages.Qu’est l’ivresse, Amis ?

J’aime autant, mieux même,Pourrir dans l’étang,Sous l’affreuse crème,Près des bois flottants.

IV Le pauvre songe

Peut-être un Soir m’attendOù je boirai tranquilleEn quelque vieille Ville,Et mourrai plus content :Puisque je suis patient !

Si mon mal se résigne,Si jamais j’ai quelque or,Choisirai-je le NordOu le Pays des Vignes ?…‒ Ah, songer est indigne,

Puisque c’est pure perte !Et si je redeviensLe voyageur ancien,Jamais l’auberge verteNe peut bien m’être ouverte.

V Conclusion

Les pigeons qui tremblent dans la prairie.Le gibier, qui court et qui voit la nuit,Les bêtes des eaux, la bête asservie,Les derniers papillons !… ont soif aussi.

Mais fondre où fond ce nuage sans guide,‒ Oh ! favorisé de ce qui est frais !Expirer en ces violettes humidesDont les aurores chargent ces forêts ?

Versification

Forme
Strophes régulières
Rimes
9(abab)
Mètre
Alexandrins surtout (35 de 12, 1 de 10)· profil 4+6, 6+6
Mots à la rime
a Parents / sueurs féminine, classiqueb Grands / verdures masculine, classiquec cœur / boire féminine, classiqued imposture / barbares masculine, classiquea Parents / osiers féminine, classiqueb champs / fossé masculine, classiquec mouillé / lait féminine, classiqued celliers / vaches masculine, classiquea Parents / armoires féminine, équivalenteb prends / rares masculine, classiquec bouilloires / cimetière féminine, classiqued fleurs / urnes masculine, classiquea Ondines / l’azur féminine, classiqueb fine / pur masculine, classiquea Norwège / chers féminine, classiqueb neige / mer masculine, classiquea pures / figures féminine, classiqueb verres / désaltèrent masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

75 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres, Paris, MERCURE DE FRANCE, 1912· numérisation Project Gutenberg· Sources