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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres, 1873· Les illuminations· I. vers nouveaux et chansons

Mémoire

Arthur Rimbaud· strophes régulières, alexandrins, 40 vers

I

L’eau claire : comme le sel des larmes d’enfance ;l’assaut au soleil des blancheurs des corps de femmes ;la soie, en foule et de lys pur, des oriflammessous les murs dont quelque pucelle eut la défense ;

l’ébat des anges ; ‒ non… le courant d’or en marchemeut ses bras, noirs et lourds et frais surtout, d’herbe. Elle,sombre, avant le Ciel bleu pour ciel de lit, appellepour rideaux l’ombre de la colline et de l’arche.

II

Eh ! l’humide carreau tend ses bouillons limpides !l’eau meuble d’or pâle et sans fond les couches prêtes.Les robes vertes et déteintes des fillettesfont les saules, d’où sautent les oiseaux sans brides.

Plus jaune qu’un louis, pure et chaude paupière,le souci d’eau ‒ ta foi conjugale, ô l’Épouse ! ‒au midi prompt, de son terne miroir, jalouseau gris ciel de chaleur la Sphère rose et chère.

III

Madame se tient trop debout dans la prairieprochaine où neigent les fils du travail ; l’ombrelleaux doigts ; foulant l’ombelle ; trop fière pour elledes enfants lisant dans la verdure fleurie

leur livre de maroquin rouge ! Hélas, Lui, commemille anges blancs qui se séparent sur la route,s’éloigne par delà la montagne ! Elle, toutefroide, et noire, court ! après le départ de l’homme !

IV

Regrets des bras épais et jeunes d’herbe pure !Or des lunes d’avril au cœur du saint lit ! Joiedes chantiers riverains à l’abandon, en proieaux soirs d’août qui faisaient germer ces pourritures !

Qu’Elle pleure à présent sous les remparts ! l’haleinedes peupliers d’en haut est pour la seule brise.Puis, c’est la nappe, sans reflets, sans source, grise :un vieux, dragueur, dans sa barque immobile, peine.

V

Jouet de cet œil d’eau morne, Je n’y puis prendre,ô canot immobile ! oh ! bras trop courts ! ni l’uneni l’autre fleur : ni la jaune qui m’importune,là ; ni la bleue, amis, à l’eau couleur de cendre.

Ah ! la poudre des saules qu’une aile secoue !les roses des roseaux dès longtemps dévorées !Mon canot, toujours fixe ; et sa chaîne tiréeau fond de cet œil d’eau sans bords, ‒ à quelle boue ?

Versification

Forme
Strophes régulières
Rimes
11(ababa)
Mètre
Alexandrins· profil 6=6
Mots à la rime
a d’enfance / oriflammes / marche féminine, classiqueb femmes / défense masculine, classiqueb Elle / l’arche / prêtes masculine, classiquec appelle / limpides féminine, classiquec fillettes / paupière / jalouse féminine, classiqued brides / l’Épouse masculine, classiquec chère / l’ombrelle / fleurie masculine, classiquea prairie / elle féminine, non classiquea comme / toute / pure féminine, classiqueb route / l’homme masculine, classiqueb Joie / pourritures / brise masculine, classiquec proie / l’haleine féminine, classiquec grise / prendre / m’importune féminine, classiqued peine / l’une masculine, non classiquec cendre / dévorées / boue masculine, classiquea secoue / tirée féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 2.2· écart moyen à la rime classique 0.6

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres, Paris, MERCURE DE FRANCE, 1912· numérisation Project Gutenberg· Sources