Berthe aux grands pieds, 1899· V
La demande
Les barons ont fait la demande.Tout s’est passé selon leurs vœux.Le père a dit : « Ma joie est grande. »Et Berthe : « Si l’on veut, je veux. »
Elle rougit, suivant l’usage.Et tous les barons d’admirer,Au nom de Pépin, ce visageSi clair qu’on s’y pouvait mirer.
Alors, le roi Flores propose :« Messieurs, vous devez avoir faim.Venez donc prendre quelque choseDe réconfortant et de fin.
« Vous avez la joue et l’œil caves,Et vos chevaux n’en veulent plus.Videz mes celliers et mes caves,Soyez friands, soyez goulus.
« Tout est conclu, rien ne vous presse.Restez un mois, restez-en deux.Reposez-vous avec ivresseDes nuits et des jours hasardeux. »
Mais eux que Pépin seul anime,Plus forts que la tentation,Déclinent d’un geste unanimeCette aimable invitation :
« Notre prince est en peine, sire,Laissez-nous partir à l’instant.On se consume comme cire,Quand on ignore et qu’on attend.
— J’aime, dit le roi, votre zèle ;Mais je ne puis, à mon regret,Vous octroyer la demoiselle,Sans son trousseau qui n’est pas prêt.
« Si vous avez trop soucianceDu roi qui languit de savoir,Portez à son impatienceL’allégement d’un sûr espoir.
« Volez à lui, prompts comme flèche,Vous lui direz en arrivantQue Berthe vous suit en calèche,Et que son cœur marche devant. »
Il dit. Chacun bondit en selle.Et c’est ainsi, de huit à neuf,Que Berthe aux grands pieds, très pucelle,Fut promise à Pépin, très veuf.
44 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1899· numérisation wikisource.org· Sources