Le chemin de l’oubli, 1904
Rajeunissement
JE veux te caresser de caresses légèresQui se posent gaiement sur toi, — si passagèresQue l’on n’a pas le temps d’épuiser leur douceur ; —Je veux te caresser au front, comme une sœur,Avec des mots très purs et très vagues, à peineTremblants, avec des mots de tendresse lointaineQui te rajeuniront la pensée et le corpsEt qui mettront le trouble ancien d’un remordsEn ton âme d’enfant, soudain redevenueToute pleine de rêve et de crainte ingénue…Et lorsque, autour de toi, je fermerai mes bras,Que, de tes yeux jusqu’à ta bouche, tu verrasMes lèvres en prière et mon baiser descendre,Tu te reprocheras de te sentir si tendre ;Tu voudras t’échapper, renverser loin de moiTon visage durci de révolte et d’effroi ;Tu me regarderas, n’osant me reconnaître,Et puis tu sentiras au fond de toi renaître,Sous mon joyeux sourire avidement penché,L’invincible langueur de ton premier péché.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources