Les vierges, 1890‑1894· Les langueurs et paresses
Le Mystère des Roses
PALE de ses quinze ans comme un lis solitaire,Le long des prés nouveaux peuplés de massifs blancs,Elle glisse, inquiète, au fil de ses pas lents,Les yeux noyés d’attente, et le front vers la terre.
C’est le soir ; les jardins palpitent doucement ;Et là-bas les grands lis, au cœur lourd de rosée,S’inclinent, comme au poids d’une abeille posée,Tels qu’un front pur en un chaste recueillement ; —
Tandis que, çà et là, parmi les feuilles vertes,Comme avec un regret de leurs calmes dédains,Les roses, où fleurit le sang pur des jardins,S’effeuillent tristement, — pour s’être trop ouvertes.
12 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1914· numérisation gallica.bnf.fr· Sources