Le Règne Du Silence, 1891· Le cœur de l’eau
VI. « La voix de l'eau qui passe est triste et mire en elle »
La voix de l'eau qui passe‖ est triste et mire en elleLa moindre affliction‖ qui l'a frôlée un peu ;Et qui, s'y résorbant,‖ y renaît éternelleMais en sourdine et comme‖ en filaments d'adieu.C'est d'abord la douleur‖ des grands saules lunaires,Écheveaux en folie‖ où sont brouillés les fils ;Puis c'est le songe aigri‖ des clochers centenairesReflétant jusqu'au fond‖ leurs nocturnes profils.Or, ces clochers mirés‖ y laissèrent leurs cloches ;Et c'est pourquoi la voix‖ de l'eau garde toujoursL'air des cloches qui s'y‖ survivent et des tours.Mais l'eau s'imprègne aussi‖ du bruit des orgues proches,Qui se traînent sur les‖ grand'routes d'où l'on sentLeurs plaintes, qui sont des‖ plaintes d'oiseaux en sang,S'égoutter et se fondre‖ en l'eau qui les délaye
Sa voix est triste encor‖ d'un spleen plus volatil.La voilà s'affligeant‖ du départ en exilDe la fumée, au loin,‖ que la bise balaie,Et qui, violentée,‖ abandonne dans l'airSes voiles, et dans l'eau‖ vient mourir toute nue…Que de choses enfin,‖ brèves comme un éclair,Que la voix de l'eau mire‖ et qu'elle continue,Survivance de tant‖ de reflets dans sa voix !Voix qui prolonge un peu‖ les voix qui se sont tues,Voix triste qu'on dirait‖ posthume et d'autrefois,Voix qui parle comme regardent‖ les statues.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 4[abab] 2[abba] 1[aa]
- Mètre
- Alexandrins· profil 6=6
- Mots à la rime
- a elle / éternelle féminine, classiqueb peu / d'adieu masculine, classiquec lunaires / centenaires féminine, classiqued fils / profils masculine, classiquee cloches / proches féminine, classiquef toujours / tours masculine, classiqueg sent / sang masculine, non classiqueh délaye / balaie féminine, classiquea volatil / exil masculine, classiquec l'air / éclair masculine, classiqued nue / continue féminine, classiquee voix / d'autrefois masculine, classiquef tues / statues féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.4
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
26 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Règne Du Silence, Paris, BIBLIOTHÈQUE CHARPENTIER, 1891· numérisation poesies.net· Sources