Le Règne Du Silence, 1891· Le cœur de l’eau
VIII. « Les jets d'eau, tout le jour, disent des élégies »
Les jets d'eau, tout le jour,‖ disent des élégies ;C'est la forme la moins‖ consolable de l'eau,Car elle porte haut‖ dans l'air ses nostalgies,Montant et retombant‖ sous son propre fardeau…Tristesse des jets d'eau‖ qui sont de l'eau brandie ;Mais nul n'entend leur mal‖ et rien n'y remédie,Jets d'eau toujours en peine,‖ impatients du ciel !Las ! L'azur défia‖ leur sveltesse de lance,Symbole édifiant‖ d'une âme qui s'élanceEt pulvérise au vent‖ son sanglot éternel.Car l'essor des jets d'eau‖ défaille en cascatellesEt leur cœur est aussi‖ comme d'un exilé,Cœur caché qu'on entend‖ pleurer dans des dentelles.Or, le moindre mirage‖ est tout annihiléDans les vasques en fièvre‖ à la moire élargie.
Pour vouloir trop de ciel,‖ elles perdent le leur !
Mais lorsque la nuit vient,‖ brouillant toute couleur,Lorsque paraît la lune‖ à la pâle effigie,Les jets d'eau vont reprendre‖ espoir en sa pitié ;Et les voilà, frissons‖ de plumes hésitantes,Qui font monter à coups‖ d'ailes intermittentesLeurs colombes, en un‖ essor multiplié !Le ciel lointain a des‖ infinis de lagune…Détresse des jets d'eau‖ qui n'auront pas étéConduire leurs ramiers‖ becqueter la clartéEt goûter le divin‖ aux lèvres de la lune !
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 2[abab] 1[aa] 4[abba]
- Mètre
- Alexandrins· profil 6−6
- Mots à la rime
- a élégies / nostalgies féminine, classiqueb l'eau / fardeau masculine, classiquec brandie / remédie féminine, classiqued ciel / éternel masculine, classiquee lance / s'élance féminine, classiquef cascatelles / dentelles féminine, classiqueg exilé / annihilé masculine, classiqueh élargie / effigie féminine, classiquea leur / couleur masculine, classiquec pitié / multiplié masculine, classiqued hésitantes / intermittentes féminine, classiquee lagune / lune féminine, classiquef été / clarté masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.0· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
26 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Règne Du Silence, Paris, BIBLIOTHÈQUE CHARPENTIER, 1891· numérisation poesies.net· Sources