Le Règne Du Silence, 1891· La vie des chambres
IV. « Mon âme, tout ce long et triste après-midi »
Mon âme, tout ce long‖ et triste après-midi,A souffert de la mort‖ d'un bouquet, imminente !Il était, loin de moi,‖ dans la chambre attenanteOù ma peur l'éloigna,‖ déjà presque engourdi,Bouquet dépérissant‖ de fleurs qu'on croyait sauvesEncor pour tout un jour‖ dans la pitié de l'eau,Gloxinias de neige‖ avec des galons mauves,Bouquet qui dans la chambre‖ éteignait son haloEt se désargentait‖ en ce soir de dimanche !Mon âme, tu souffris‖ et tu t'ingéniasÀ voir ta vie, aussi‖ fanée et qui se penche,Agoniser avec‖ ces doux gloxinias.Or me cherchant moi-même‖ en cette analogieJ'ai passé cette fin‖ de journée à m'aigrirPar le spectacle vain‖ et la psychologieDouloureuse des fleurs‖ pâles qui vont mourir.Triste vase : hôpital,‖ froide alcôve de verreQu'un peu de vent, par la‖ fenêtre ouverte, aèreMais qui les fait mourir‖ plus vite, en spasmes doux,Les pauvres fleurs, dans l'eau‖ vaine, qui sont phtisiques,Répandant, comme en de‖ brusques accès de toux,Leurs corolles sur les‖ tapis mélancoliques.Douceur ! Mourir ainsi‖ sans heurts, comme on s'endort,Car les fleurs ne sont pas‖ tristes devant la mort,Et disparaître avec‖ ce calme crépusculeQui d'un jaune rayon‖ à peine s'acidule.
Versification
- Forme
- Strophe unique
- Rimes
- 1[abba] 4[abab] 3[aa]
- Mètre
- Alexandrins· profil 6−6
- Mots à la rime
- a après-midi / engourdi masculine, classiqueb imminente / attenante féminine, classiquec sauves / mauves féminine, classiqued l'eau / halo masculine, classiquee dimanche / penche féminine, classiquef t'ingénias / gloxinias masculine, classiqueg analogie / psychologie féminine, classiqueh m'aigrir / mourir masculine, classiquei verre / aère féminine, classiquej doux / toux masculine, classiquek phtisiques / mélancoliques féminine, classiquel s'endort / mort masculine, classiquem crépuscule / s'acidule féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
26 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Règne Du Silence, Paris, BIBLIOTHÈQUE CHARPENTIER, 1891· numérisation poesies.net· Sources