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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Le Règne Du Silence, 1891· Paysages de ville

XV. « Ô ville, toi ma sœur à qui je suis pareil »

Georges Rodenbach· strophes variées, alexandrins, 44 vers

Ô ville, toi ma sœur‖ à qui je suis pareil,Ville déchue, en proie‖ aux cloches, tous les deuxNous ne connaissons plus‖ les vaisseaux hasardeuxTendant comme des seins‖ leurs voiles au soleil,Comme des seins gonflés‖ par l'amour de la mer.Nous sommes tous les deux‖ la ville en deuil qui dortEt n'a plus de vaisseaux‖ parmi son port amer,Les vaisseaux qui jadis‖ y miraient leurs flancs d'or ;Plus de bruits, de reflets…‖ les glaives des roseauxOnt un air de tenir‖ prisonnières les eaux,Les eaux vides, les eaux‖ veuves, où le vent seulCircule comme pour‖ les étendre en linceul…Nous sommes tous les deux‖ la tristesse d'un portToi, ville ! Toi ma sœur‖ douloureuse qui n'asQue du silence et le‖ regret des anciens mâts ;Moi, dont la vie aussi‖ n'est qu'un grand canal mort !

Qu'importe ! Dans l'eau vide‖ on voit mieux tout le ciel,Tout le ciel qui descend‖ dans l'eau clarifiée,Qui descend dans ma vie‖ aussi pacifiée.Or, ceci n'est-ce pas‖ l'honneur essentiel— Au lieu des vaisseaux vains‖ qui s'agitaient en elles,De refléter les grands‖ nuages voyageant,De redire en miroir‖ les choses éternelles,D'angeliser d'azur‖ leur nonchaloir changeant,Et de répercuter‖ en mirage sonoreLa mort du jour pleuré‖ par les cuivres du soir !Or c'est pour être ainsi‖ souples à son vouloirQue le ciel lointain, l'une‖ et l'autre, nous coloreEt décalque dans nous‖ ses jardins de douceurÔ toi, mon âme, et toi,‖ ville morte, ma sœur !Et c'est pour être ainsi‖ que l'une et l'autre est digneDe la toute-présence‖ en elle d'un doux cygne,Le cygne d'un beau rêve‖ acquis à ce silenceQui s'effaroucherait‖ d'un peu de violenceEt qui n'arrive là‖ flotter comme une palmeQu'à cause du repos,‖ à cause du grand calme,Cygne blanc dont la queue‖ ouverte se déploie,— Barque de clair de lune‖ et gondole de soie —Cygne blanc, argentant‖ l'ennui des mornes villes,Qui hérisse parfois‖ dans les canaux tranquillesSon candide duvet‖ tout impressionnable ;Puis, quand tombe le soir,‖ cargué comme les voiles,— Dédaignant le voyage‖ et la mer navigable —Sommeille, l'aile close,‖ en couvant des étoiles !

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
4[abba] 3[abab] 8[aa]
Mètre
Alexandrins· profil 6−6
Mots à la rime
a pareil / soleil masculine, classiqueb deux / hasardeux masculine, classiquec mer / amer masculine, classiqued dort / d'or masculine, non classiquee roseaux / eaux masculine, classiquef seul / linceul masculine, classiqueg port / mort masculine, classiqueh n'as / mâts masculine, classiquea ciel / essentiel masculine, classiqueb clarifiée / pacifiée féminine, classiquec elles / éternelles féminine, classiqued voyageant / changeant masculine, classiquee sonore / colore féminine, classiquef soir / vouloir masculine, classiqueg douceur / sœur masculine, classiqueh digne / cygne féminine, classiquei silence / violence féminine, classiquej palme / calme féminine, classiquek déploie / soie féminine, classiquel villes / tranquilles féminine, classiquem impressionnable / navigable féminine, classiquen voiles / étoiles féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Règne Du Silence, Paris, BIBLIOTHÈQUE CHARPENTIER, 1891· numérisation poesies.net· Sources