Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Vies Encloses, 1896· Le soir dans les vitres

XII. « Par ma fenêtre ouverte, une musique arrive »

Georges Rodenbach· alexandrins, 42 vers

Par ma fenêtre ouverte,‖ une musique arriveQui traverse l'espace‖ et les crêpes du soir ;C'est d'un accordéon,‖ au loin, à la dérive…Où s'en va la fumée‖ en quittant l'encensoir ?Où fuit le son à qui‖ le couchant s'apparie,Et pourquoi voyager,‖ s'en venir jusqu'à moiEt dans ma solitude‖ apporter son émoi,Musique trop en pleurs‖ qu'un léger vent charrie ?Musique en peine de‖ quelle âme ? Air aigreletQui se traîne comme une vieille‖ sous un châle ;Un air de demi-deuil,‖ on dirait violet,Mais qui se fane, à chaque‖ instant un peu plus pâle !J'écoute ; la musique‖ image l'horizon :Chocs ; titillations ;‖ froides gouttes de sonQui se figent en stalactites‖ dans leur chute ;Grains envolés d'un vieux‖ rosaire de couvent ;Musique en rêve ! Et comme‖ elle se répercute !Elle cuivre l'espace ;‖ elle sale le vent ;Puis elle est défaillante‖ et devient déjà nulle…Presque à ras du silence‖ elle va s'assoupir ;Dans ma fenêtre, c'est‖ comme un dernier soupirEt le tulle inquiet‖ des rideaux en ondule…Ô soir ! cette musique‖ en fuite me fait mal !Car n'est-ce pas mon âme‖ extériorisée,Et la plainte sans nom‖ que je n'ai pas osée,Et mon chagrin‖ qui voudrait être lacrymal,Dans cet accordéon‖ plein de mélancolieQui comme un éventail‖ en larmes se déplie.

Ce triste son lointain‖ jusqu'à moi propagéS'ajoute dans le soir‖ à la peine que j'ai,Si bien que c'est, en lui,‖ moi-même que j'écoute,Ô mon destin jumeau,‖ truchement désolé !Car je l'aime surtout‖ de le voir isoléEt, comme moi, si seul‖ à poursuivre sa route,Sans que nul s'en émeuve‖ au fond du soir transiOù graduellement‖ son concert s'émiette.Mais ma pitié du moins‖ le suit tout inquiète,Tout affligée un peu,‖ tout exaltée aussi,Instrument d'idéal‖ qu'aucun cœur ne reflète— Ah ! que n'a-t-il été‖ parmi les fifres gais ! —Et qui s'obstine en sons‖ tristement fatiguésPour empêcher la mort‖ du Chant d'être complète !

Versification

Mètre
Alexandrins· profil 6=6
Mots à la rime
a arrive / dérive féminine, classiqueb soir / l'encensoir masculine, classiquec s'apparie / charrie féminine, classiqued moi / émoi masculine, classiquee aigrelet / violet masculine, classiquef châle / pâle féminine, classiqueg l'horizon / son masculine, classiqueh chute / répercute féminine, classiquei couvent / vent masculine, classiquej nulle / ondule féminine, classiquek s'assoupir / soupir masculine, classiquel mal / lacrymal masculine, classiquem extériorisée / osée féminine, classiquen mélancolie / déplie féminine, classiquea propagé / désolé masculine, classiqueb j'ai / isolé masculine, classiquec j'écoute / route féminine, équivalented transi / aussi masculine, classiquee s'émiette / inquiète féminine, classiquef reflète / complète féminine, classiqueg gais / fatigués masculine, équivalente
Richesse
extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

42 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Vies Encloses, Paris, BIBLIOTHÈQUE CHARPENTIER, 1896· numérisation poesies.net· Sources