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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Vies Encloses, 1896· Les malades aux fenêtres

VII. « Un grand lis dépérit là-bas sur la console »

Georges Rodenbach· strophes variées, alexandrins, 32 vers

Un grand lis dépérit‖ là-bas sur la console.

Est-ce parce qu'il touche‖ à la fin de son âge ?Est-ce à cause du soir‖ tombant qui trop l'isoleDans des ombres où sa‖ blancheur frêle surnage ?À peine si sa forme‖ encor se délimite ;Il faudrait l'arroser,‖ semble-t-il, d'eau bénite,Svelte lis qui se meurt‖ dans la chambre assombrie.

Il se dressait si beau,‖ l'air d'un jet d'eau qui prie !Avec ses linges purs‖ et sa parure blancheComme une fleur qui croit‖ toujours que c'est dimanche.Maintenant il blêmit‖ dans le soir taciturne ;Il est livide, lis‖ exsangue !… il s'offre commeUn calice d'amertumes, une triste urneÀ toutes les cendres du jour‖ qui se consomme.

Or à présent qu'il est‖ malade et s'étioleEt que l'obscurité‖ de plus en plus l'évince,Je sens qu'un peu de moi‖ vivait dans sa corolleEt qu'il était ce qu'il‖ fallait que je devinsse,Lis en qui je voyais‖ mon âme devenueUne fleur, et‖ recommençant d'être ingénue.

Et c'est pourquoi mon âme‖ avec lui s'anémie ;Moi-même je me fane‖ en sa corolle soufre ;Lis — bénitier de mes‖ larmes ! — en qui je souffre !

Pauvre fleur ! Elle empire,‖ elle entre en agonieEt se crispe, on dirait‖ d'une douleur charnelle,À cause de ce vaste‖ afflux de crépuscule— Ah ! tout ce qui, de moi,‖ mourra bientôt en elle !La fleur penche ; de plus‖ en plus elle s'annule ;C'est comme une hostie en‖ fleur qui se désagrège…Mais faut-il s'affliger‖ ainsi que le lis meure,Lui si discret que quand‖ il meurt dans la demeureC'est à peine si le‖ silence s'en allège.

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
4[abab] 4[aa] 2[abba]
Mètre
Alexandrins· profil 6÷6
Mots à la rime
a console / l'isole féminine, classiquea âge / surnage féminine, classiquec délimite / bénite féminine, classiqued assombrie / prie féminine, classiqueb blanche / dimanche féminine, classiquec taciturne / urne féminine, classiqued comme / consomme féminine, classiquea s'étiole / corolle féminine, classiqueb l'évince / devinsse féminine, classiquec devenue / ingénue féminine, classiquea s'anémie / agonie féminine, classiqueb soufre / souffre féminine, classiqueb charnelle / elle féminine, classiquec crépuscule / s'annule féminine, classiqued désagrège / allège féminine, classiquee meure / demeure féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

32 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Vies Encloses, Paris, BIBLIOTHÈQUE CHARPENTIER, 1896· numérisation poesies.net· Sources