Fin d’œuvre, 1919· Les songes (Dernières poésies)
La tristesse
A moins qu’elle ne soit le produit de la honte,La tristesse nous fait plus résignés, plus forts,En les adoucissant, féconde nos efforts,Apprend la patience à l’orgueil qu’elle dompte.
Au lieu d’envenimer l’homme, elle le remonte,Elle fleurit le rêve, et sa bonne langueurFond l’esprit qui, dès lors, pense comme le cœur,Avec lui fraternise, y pleure et s’y raconte !
Pour toute l’âme, elle est comme un jardin de rosesLui soufflant un parfum qui l’ensorcellerait…Elle l’ouvre à l’espace, au silence, au secret,L’incline à contempler l’éternité des choses.
Se sentir exister étant le bien suprême,Elle donne à vos jours un traînant savoureuxPar son isolement qui vous rend à vous-même.
Comme on renoncerait à poursuivre la pisteDe tout ce que le monde offre de plaisirs creux,Si l’on savait goûter le bonheur d’être triste.
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Fin d’œuvre, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1919· numérisation crcrosnier.fr· Sources