L’abîme, 1886
La vie
Visqueusement sortir d’un êtreQui vous inocule à foisonSes héritages de poison,C’est naître.
Cet angélisme sans défenseEt sans haine contre le mal,Dont il a le germe fatal,C’est l’enfance.
Cette chair en effervescenceOù déjà le vice en éveilChuchote un infâme conseil,C’est l’adolescence.
L’expansive animalité,Folle et chaude comme une laveQue bientôt la raison déprave,C’est la puberté.
Cette ambition ivrognesseDont le verre est toujours béant,Et qui bat les murs du néant,C’est la jeunesse.
Ce sentiment retors et durQui se pelotonne si tristeAu fond de sa peur égoïste,C’est l’âge mûr.
Cette usure tout d’une pièceQui se raccroche au souvenirPour tâcher de se soutenir,C’est la vieillesse.
Enfin, regarder s’entr’ouvrirDans une vision livideLe Grand Secret, — peut-être vide ? —C’est mourir.
Versification
- Mètre
- Heptasyllabes
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
32 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après L’abîme, Paris, G.CHARPENTIER ET Cie, ÉDITEURS, 1886· numérisation wikisource.org· Sources