L’abîme, 1886
Le remords de l’assassin
Depuis l’heure où j’ai mis en terreL’assassiné qui remuait,Un être frôlant et muetM’accompagne dans le mystère.Je ne vis plus qu’en frissonnant,Car cet insupportable mimeQui surgit comme un revenant…C’est ma victime !
La scène du meurtre nocturneParfois ressuscite à l’envers :Je suis attaqué de traversPar ce fantôme taciturne ;Et nous luttons : hideux combatOù l’épouvante qui m’opprimeÀ la fin hurle et se débatSous ma victime !
Voici que son grand œil inerteNuit et jour se met à sonderMa conscience découverteEt l’oblige à s’y regarder.Hélas ! je sens bien que l’on doitTôt ou tard soupçonner mon crime…Je suis dénoncé par le doigtDe ma victime !
De sa plaie où le couteau bouge,Suinte et pendille avec longueurLa corrosive larme rougeCreusant la pierre de mon cœur ;Et pour mon pas désordonnéLa terre entière est un abîmeOù je pivote, environnéPar ma victime !
Versification
- Forme
- Sonnet non classique (sonnet)
- Rimes
- abba cddc eef gfg
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a terre / mystère féminine, classiqueb remuait / muet masculine, classiquec frissonnant / victime masculine, classiqued mime / revenant féminine, classiquea nocturne / l’envers féminine, classiqueb travers / combat masculine, classiquec taciturne / m’opprime féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
32 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après L’abîme, Paris, G.CHARPENTIER ET Cie, ÉDITEURS, 1886· numérisation wikisource.org· Sources