L’abîme, 1886
Mane Thecel pharès
« En vain je bâtis à mes joursUn mur d’Illusions compactes,Le cercueil vient bâiller toujoursDevant mes projets et mes actes.
Je sens s’accélérer mes pasÀ chaque heure qui m’est ravie,Et, somnambule de la vieMagnétisé par le trépas,
Je vais au hasard de mon être,Par un chemin toujours béant,Me recoucher dans le néantOù je dormais avant de naître.
Je veux croire, en ma Vanité,Avec la Foi qui le proclame,Que le prolongement de l’âmeS’enfonce dans l’éternité ;
Que le monde et ce qu’il renfermeTend vers son Dieu dont il a faim,Et que la mort n’est pas la fin,Mais le commencement sans terme.
Hélas ! la Foi n’est qu’un lampionObscurci par ma défiance,Quand je consulte cet espionQui s’appelle la Conscience.
Comme une vis dans un écrou,Comme un hibou dans un tronc d’arbre,Comme la fouine dans son trou,Comme le crapaud dans du marbre,
La peur de mourir est en moi,Et jamais rien ne me délivreDe ce perpétuel effroi ;Rien ! pas même l’horreur de vivre.
L’imprévu guette mon lambeauDerrière la minute brève,Et la vérité du tombeauConclut le mensonge du rêve. »
— À travers ses plans scélératsOu sa méditation sainte,La nuit, dans le linceul des draps,
Tout homme étouffe cette plainteDont les échos sourds et stridentsLe font geindre et claquer des dents,Lorsque sa lumière est éteinte.
Versification
- Forme
- Strophes régulières
- Rimes
- 2(abba) 2(aabb) 1(abab)
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (14 de 12, 6 de 8)· profil 8, 6+6
- Mots à la rime
- a jours / actes féminine, classiqueb compactes / toujours masculine, classiquea pas / ravie masculine, classiqueb vie / trépas féminine, classiquea être / néant masculine, classiqueb béant / naître féminine, non classiquea Vanité / proclame masculine, non classiqueb l’âme / l’éternité féminine, classiquea renferme / terme féminine, classiqueb faim / fin masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 1.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
43 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après L’abîme, Paris, G.CHARPENTIER ET Cie, ÉDITEURS, 1886· numérisation wikisource.org· Sources