La nature, 1892
La vieille
La lumière s’est inclinéeDe plus en plus vers son trépas :Par la campagne, pas à pas,Voici la nuit acheminée.L’humble vieille parcheminéeEst assise après son repasPrès du feu qui ne chôme pasDevant la plaque charbonnée.Dans une posture gênéeLe chien dort ; deux tout jeunes chatsFont des sauts et des entrechatsSur leur mère pelotonnée.Et la vieille émerillonnée,En voyant bruler ses éclatsDe bon bois sec…, chantonne basUne complainte surannée.Or, soudain, les filles, les gars,Toute l’agreste maisonnéeAvec le chien, à grands sabbats,S’en va prendre ailleurs ses ébats.La gent féline est retournéeDans le grenier chasser les rats.La bonne femme embéguinéeRumine, ayant croisé les bras :Sous le plancher fumeux et grasDe cette salle consternéeElle pousse de longs hélasD’être si seule abandonnée !Mais, avec la triste journéeDe vent de bise et de verglasQui meurt au tintement d’un glas,Craque la voix désenfournéeDes grillons qui, fantômes plats,Surgissant dans la cheminéeViennent distraire ses yeux lasEt sa vieille âme renfrognée.
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La nature, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1892· numérisation crcrosnier.fr· Sources