Les apparitions, 1896
Lune de songe
D’abord indécise et couverte,La lune glisse, par degrés,Au ras des nuages cendrés,Puis, en arc, reluit toute verte.
Des airs, du sol, pas un atomeQui, dans la nuit, subitement,N’ait verdi par l’enchantementDu reflet de l’astre fantôme !
Elle-même, la nue éteinte,Au-dessus des ravins boisés,Des champs, des lacs vert-de-grisés,Se rallume en prenant leur teinte.
Et dans l’immensité nocturne,La couleur verte joue aux yeux,Symphonique et mystérieux,Son frais spectacle taciturne.
Les murs blancs, la jaune chaumièreMontrent fondus, dans le tableau,Les verts des feuilles et de l’eauTout glacés d’ombre et de lumière.
Et rocs, troncs d’arbres à la ronde,Tremblent humides et vitreux,Olivâtres et vaporeux,Sous la lueur qui les inonde.
Les bœufs pâturant au traversAutant que les herbes sont verts…Vert aussi le hibou qui rôde !
Gazé de vague et de secret,Comme en songe vous apparaîtCe paysage d’émeraude.
30 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les apparitions, Paris, G. CHARPENTIER ET E. FASQUELLE, ÉDITEURS, 1896· numérisation crcrosnier.fr· Sources