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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Névroses, 1883· Les luxures

Jalousie féline

Maurice Rollinat· terza rima classique, alexandrins, 49 vers

À André Slom.

Cependant que juché‖ sur l'un des hauts divansLe chat jaune poussait‖ de ronronnantes plaintes,Dans un boudoir gorgé‖ de parfums énervants,

Je veillais la très chère‖ à genoux et mains jointes,Et mon baiser rôdeur,‖ papillon de ses seins,Effleurait leurs contours‖ et vibrait à leurs pointes.

Vierges des nourrissons,‖ vampires assassins,Ils étaient froids et durs‖ comme des pommes vertesEt plus blancs que le cygne‖ errant sur les bassins.

Voluptueusement‖ elle dormait, et certes,Jamais femme n'aura,‖ pour mordiller l'amant,Les dents que laissaient voir‖ ses lèvres entrouvertes.

Très blanche, comme pour‖ un enlinceulement,Sa robe la couvrait‖ d'un brouillard de guipure,En sorte que les seins‖ étaient nus seulement.

Et les reflets de l'âtre‖ en livide jaspureRampaient sur le divan‖ d'où le chat regardaitCette gorge d'amour‖ aussi belle qu'impure.

Même dans le sommeil‖ profond elle gardaitSa morgue ! et telle était‖ sa magique attiranceQu'irrésistiblement‖ tout mon être y tendait.

Voilà pourquoi je vis‖ avec indifférenceL'œil toujours si câlin‖ du gigantesque chatSe charger tout à coup‖ de haine et de souffrance

Ô langueur criminelle‖ indigne de rachat !Je ne pris nulle garde‖ à la jalouse bête,Quand il aurait fallu‖ que ma main l'écorchât !

En vain, il se tordait‖ les yeux hors de la tête,En vain, il écumait‖ fou de rage, en grinçantComme une girouette‖ au fort de la tempête ;

Je fus aveugle et sourd‖ pour lui ! tout languissantD'amour et de sommeil,‖ j'accrochais mon extaseÀ ces deux bouts de seins‖ plus rouges que du sang.

Et je bâillais, râlant‖ je ne sais quelle phrase,Lorsque soudain je vis‖ le chat jaune vers nousRamper lentement comme‖ un crapaud dans la vase.

Oh ! ces poils hérissés !‖ ces miaulements fous !— Mais la chambre devint‖ ténébreuse et mouvante,Puis, plus rien ! et je dus‖ m'endormir à genoux.

Et la paix du cercueil‖ hantait ma chair vivanteLorsque je fus tiré‖ de ce fatal sommeilPar un cri surhumain‖ d'horreur et d'épouvante !

Oh ! maudite la lune‖ et maudit le soleil !Que sous l'homme à jamais‖ la terre se dérobe !Pourquoi donc pas la mort,‖ plutôt que ce réveil !

— Là, hurlant de douleur,‖ pâle dans une robeDe pourpre, ensanglantant‖ la neige des coussins,Rachel se débattait‖ sous la bête hydrophobe

Qui miaulait en lui‖ déchiquetant les seins !

Versification

Forme
Terza rima classique (terza rima)
Rimes
16(aba) b
Mètre
Alexandrins· profil 6−6
Mots à la rime
a divans / énervants masculine, classiqueb plaintes / jointes / pointes féminine, classiqueb seins / assassins / bassins masculine, classiqueb vertes / certes / entrouvertes féminine, classiqueb l'amant / enlinceulement / seulement masculine, classiqueb guipure / jaspure / qu'impure féminine, classiqueb regardait / gardait / tendait masculine, classiqueb attirance / indifférence / souffrance féminine, classiqueb chat / rachat / l'écorchât masculine, classiqueb bête / tête / tempête féminine, classiqueb grinçant / languissant / sang masculine, classiqueb extase / phrase / vase féminine, classiqueb nous / fous / genoux masculine, classiqueb mouvante / vivante / d'épouvante féminine, classiqueb sommeil / soleil / réveil masculine, classiqueb dérobe / robe / hydrophobe féminine, classiqueb coussins / seins masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.9· écart moyen à la rime classique 0.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

49 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Névroses, Paris, G. CHARPENTIER, EDITEUR, 1885· numérisation poesies.net· Sources