Les Névroses, 1883· Les refuges
Le Cœur guéri
Celle que j'aime‖ est une enchanteresseAu front pudique,‖ aux longs cheveux châtains ;Compagne et sœur,‖ ma muse et ma maîtresse,Elle ravit‖ mes soirs et mes matins.Svelte beauté,‖ sensitive jolie,Elle a l'œil tendre‖ et la taille qui plie ;Moi, le suiveur‖ des funèbres convois,J'ai frémi d'aise‖ au doux son de sa voix,Et maintenant‖ que l'amour m'électrise,Toujours, partout,‖ je l'entends, je la vois ;Mon pauvre cœur‖ enfin se cicatrise.
Geste pensif‖ et qui vous intéresse,Bouche d'enfant‖ sans rires enfantins,Étrangeté‖ jusque dans la caresse,Regards profonds,‖ veloutés et lointains,Joue inquiète‖ et quelquefois pâliePar la souffrance‖ et la mélancolie,Tête française‖ avec un air suédois,Pied de gazelle,‖ et jolis petits doigtsPar qui toujours‖ la musique est comprise :Aussi, je l'aime‖ autant que je le dois,Mon pauvre cœur‖ enfin se cicatrise.
Elle a comblé‖ mon esprit d'allégresse,Purifié‖ mon art et mes instincts,Et maintenant,‖ mon âme qui progressePlane au-dessus‖ des rêves libertins.Je suis calmé,‖ je suis chaste ; j'oublieCe que je fus !‖ ma chair est ennoblie ;Je ne suis plus‖ le poète aux aboisQui frissonnait‖ d'horreur au fond des bois,J'aime la nuit,‖ qu'elle soit noire ou grise,Et, bénissant‖ le philtre que je bois,Mon pauvre cœur‖ enfin se cicatrise.
La destinée,‖ hélas ! est bien traîtresse,Mais je souris‖ quand même à mes destins,Car, dès ce jour,‖ au lieu de ma détresse,J'ai la saveur‖ des mystiques festins.Tout à l'amour‖ qui désormais nous lie,Avec l'espoir‖ je me réconcilie ;En vain l'ennui‖ me guette en tapinois,Je ne crains plus‖ cet ennemi sournois :Le bouclier‖ contre qui tout se brise,Je l'ai, pour vaincre‖ au milieu des tournois !Mon pauvre cœur‖ enfin se cicatrise.
Je ne redoute‖ aucun danger, serait-ceL'Enfer lui-même !‖ à mes défis hautainsSatan se tait !‖ l'embûche qu'il me dresseJe la découvre,‖ et marche à pas certains.Ma volonté‖ germe et se multiplie ;Les rêves bleus‖ dont ma tête est remplieChassent au loin‖ mes spleens et mes effroisPour me parler‖ du Ciel à qui je crois,Et je pardonne‖ à ceux que je méprise,Comme le Christ‖ en mourant sur la croix ;Mon pauvre cœur‖ enfin se cicatrise.
À toi ces vers‖ dont l'Amour a fait choixTu voudras bien‖ les lire quelquefois ?Reine aux doux yeux‖ dont mon âme est éprise,Tu m'as rendu‖ le plus heureux des rois !Mon pauvre cœur‖ enfin se cicatrise.
Versification
- Forme
- Ballade chant royal (ballade)
- Rimes
- 5(ababccddede) ddede
- Mètre
- Décasyllabes· profil 4+6
- Mots à la rime
- a enchanteresse / maîtresse féminine, classiqueb châtains / matins masculine, classiquec jolie / plie féminine, classiqued convois / voix / vois masculine, classiquee m'électrise / cicatrise féminine, classiquea intéresse / caresse féminine, classiqueb enfantins / lointains masculine, classiquec pâlie / mélancolie féminine, classiqued suédois / doigts / dois masculine, classiquee comprise / cicatrise féminine, classiquea d'allégresse / progresse féminine, classiqueb instincts / libertins masculine, classiquec j'oublie / ennoblie féminine, classiqued abois / bois masculine, classiquee grise / cicatrise féminine, classiquea traîtresse / détresse féminine, classiqueb destins / festins masculine, classiquec lie / réconcilie féminine, classiqued tapinois / sournois / tournois masculine, classiquee brise / cicatrise féminine, classiquea serait-ce / dresse féminine, classiqueb hautains / certains masculine, classiquec multiplie / remplie féminine, classiqued effrois / crois / croix masculine, classiquee méprise / cicatrise féminine, classiquea choix / quelquefois / rois masculine, classiqueb éprise / cicatrise féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Névroses, Paris, G. CHARPENTIER, EDITEUR, 1885· numérisation poesies.net· Sources