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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Névroses, 1883· Les ténèbres

Le Gouffre

Maurice Rollinat· 10 quatrains, alexandrins, 40 vers

À Léon Bloy.

L'homme est un farfadet‖ qui tombe dans la mort,Grand puits toujours béant‖ sans corde ni margelleEt dont l'eau taciturne‖ éternellement dortSous l'horreur qui la plombe‖ et l'oubli qui la gèle.

Cet ange féminin‖ qui marchait sans effroi,Au bord des lacs chanteurs‖ où les zéphyrs se trempent,Voyez comme il est blanc !‖ Touchez comme il est froid !Voilà déjà qu'il pue‖ et que les vers y rampent.

L'espoir ? Dérision !‖ l'Amour ? Insanité !La gloire ? Triste fleur‖ morte en crevant la terre !L'illusion se heurte‖ à la réalitéEt notre certitude‖ équivaut au mystère.

La volupté nous use‖ et racle nos cheveux ;Nous ne brillons si bien‖ que pour mieux disparaître,Et quand l'homme insensé‖ vocifère : « Je veux ! »La maladie arrive‖ et lui répond : « Peut-être ! »

Oh ! c'est grande pitié‖ de voir l'atome fierMontrer le poing au ciel‖ en bavant de rancune !Ils sont morts aujourd'hui‖ ceux qui régnaient hier :Pas de grâces ! La mort‖ n'en peut donner aucune.

Et tandis que sa faux‖ reluit à l'horizon,La vie est un cloaque‖ où tout être patauge ;La femme avec son cœur,‖ l'homme avec sa raison,Se vautrent dans le mal‖ comme un porc dans son auge.

Le philosophe dit :‖ « La Vie est un combat !Souffrir, c'est mériter ;‖ jouir, c'est être lâche ! »Mais le voilà qui geint,‖ frissonne et se débatSous l'invisible main‖ qui jamais ne nous lâche.

Le poète, oubliant‖ qu'il est de chair et d'os,Déprave son esprit‖ dans un rêve impossible ;Et l'extase dans l'œil,‖ et la chimère au dosVole au gouffre final‖ comme un plomb vers la cible.

Quand notre heure est marquée‖ au cadran clandestin,Adieu parents, amis !‖ Croulons dans les ténèbres !C'est le dernier impôt‖ que l'on doit au DestinQui tasse notre cendre‖ avec ses pieds funèbres.

Nous passons fugitifs‖ comme un flot sur la mer ;Nous sortons du néant‖ pour y tomber encore,Et l'infini nous lorgne‖ avec un rire amerEn songeant au fini‖ que sans cesse il dévore.

Versification

Forme
10 quatrains (quatrains)
Rimes
10(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
10 quatrains
Mots à la rime
a mort / dort masculine, classiqueb margelle / gèle féminine, classiquea effroi / froid masculine, non classiqueb trempent / rampent féminine, classiquea Insanité / réalité masculine, classiqueb terre / mystère féminine, classiquea cheveux / veux masculine, classiqueb disparaître / Peut-être féminine, classiquea fier / hier masculine, classiqueb rancune / aucune féminine, classiquea l'horizon / raison masculine, classiqueb patauge / auge féminine, classiquea combat / débat masculine, classiqueb lâche féminine, classiquea d'os / dos masculine, classiqueb impossible / cible féminine, classiquea clandestin / Destin masculine, classiqueb ténèbres / funèbres féminine, classiquea mer / amer masculine, classiqueb encore / dévore féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 2.3· écart moyen à la rime classique 0.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Névroses, Paris, G. CHARPENTIER, EDITEUR, 1885· numérisation poesies.net· Sources