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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Névroses, 1883· Les spectres

Les Dents

Maurice Rollinat· 1 distiques, alexandrins, 56 vers

Je les revois à des‖ époques reculéesCes merveilleuses dents,‖ froides, immaculées,Et qui se conservaient‖ sans toilette ni fardDans la virginité‖ blanche du nénufar.Le fait est que ces dents‖ étaient surnaturellesÀ force de blancheur‖ et de clarté cruelles,Et que dans les recoins‖ les plus fuligineuxElles avaient encore‖ un reflet lumineuxComme un éclair lointain,‖ la nuit, dans une plaine ;Et puis, au frôlement‖ continu d'une haleineQui musquait le soupir,‖ la phrase et le baiser,Elles passaient leur vie‖ à s'aromatiser !Joignant le plus souvent‖ leurs mignonnes arcades,Elles rendaient la voix‖ grinçante par saccadesAvec je ne sais quoi‖ d'humide et de siffleur.Comme dans le calice‖ embaumé de la fleurOn voit luire au matin‖ des perles de rosée,Ainsi dans cette bouche‖ indolente et roséeElles m'apparaissaient,‖ opale et diamant,Dont mon œil emportait‖ un éblouissement.Oh ! quand, jolis bijoux‖ des gencives si pures,Ces petits os carrés,‖ habiles aux coupures,Plutôt faits pour trancher‖ que pour mâcher, brillaientDans l'entre-bâillement‖ des lèvres qui riaient,Que de fois une envie‖ inquiète et faroucheM'a pris de les humer‖ aussi comme la bouche,Et d'y faire dormir‖ le chagrin qui me mord !Ainsi que sur les dents‖ d'une tête de mort,J'imaginais déjà‖ la rouille de la terreSur la mate pâleur‖ de cet émail dentaire ;Je voyais la mâchoire‖ horrible ricanantDans une bière, et puis‖ à la fin s'égrenant.Elles perdaient parfois‖ leur attitude étrangeQuand elles s'amusaient‖ d'une écorce d'orange,D'un brin d'herbe ou de fil,‖ d'une paille, d'un fruit,Ou quand elles faisaient‖ craquer à petit bruitLes amandes, les noix,‖ les marrons, l'angélique,Dans un grignotement‖ de souris famélique.En tout lieu, raffinant‖ le meurtre et le dégâtElles martyrisaient‖ longuement le nougat,Massacraient les gâteaux,‖ et lentes et câlinesSe délectaient au goût‖ vanillé des pralines.Ces quenottes alors‖ prenaient un air mutinEt s'épanouissaient‖ dans un rire enfantin.Quand elles miroitaient‖ sans montrer leurs gencives,Elles étaient toujours‖ funèbres et pensives,Semblant me dire : « Avance !‖ » ou me dire : « Va-t'en ! »Ou bien, dignes d'orner‖ la bouche de Satan,Comme en arrêt devant‖ une pâture humaine,Mon pauvre cœur peut-être !‖ Une couche de haine,De sarcasme et d'horreur‖ y venait adhérerQuand elles se mettaient‖ à me considérer,Ces infernales dents,‖ ces adorable niquesQui se faisaient un jeu‖ de paraître ironiques,Dont le regard était‖ morsure, et qui le soirAvaient le froid sinistre‖ et coupant du rasoir.

Versification

Forme
1 distiques (distiques)
Rimes
28((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6−6
Strophes
1 distiques
Mots à la rime
a reculées / immaculées féminine, classiqueb fard / nénufar masculine, non classiquec surnaturelles / cruelles féminine, classiqued fuligineux / lumineux masculine, classiquee plaine / haleine féminine, classiquef baiser / s'aromatiser masculine, classiqueg arcades / saccades féminine, classiqueh siffleur / fleur masculine, classiquei rosée féminine, classiquej diamant / éblouissement masculine, classiquek pures / coupures féminine, classiquel brillaient / riaient masculine, classiquem farouche / bouche féminine, classiquen mord / mort masculine, classiqueo terre / dentaire féminine, classiquep ricanant / s'égrenant masculine, classiqueq étrange / d'orange féminine, classiquer fruit / bruit masculine, classiques l'angélique / famélique féminine, classiquet dégât / nougat masculine, classiqueu câlines / pralines féminine, classiquev mutin / enfantin masculine, classiquew gencives / pensives féminine, classiquex Va-t'en / Satan masculine, classiquey humaine / haine féminine, classiquez adhérer / considérer masculine, classiquea niques / ironiques féminine, classiqueb soir / rasoir masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 3.0· écart moyen à la rime classique 0.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Névroses, Paris, G. CHARPENTIER, EDITEUR, 1885· numérisation poesies.net· Sources