Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Névroses, 1883· Les luxures

Les deux Poitrinaires

Maurice Rollinat· 10 sizains, alexandrins et hexasyllabes, 60 vers

La brise en soupirant‖ caresse l'herbe haute.Tous les deux, bouche ouverte,‖ ils marchent côte à côte,Dos voûté, cou fluet ;Près d'une haie en fleurs‖ où l'ébène des mûresLuit dans le fouillis vert‖ des mignonnes ramures,Ils vont, couple muet.

Ils ont la face blanche‖ et les pommettes rouges ;Comme les débauchés‖ qui vivent dans les bougesOn les voit chanceler.Leur œil vaguement clair‖ dans un cercle de bistreA cette fixité‖ nonchalante et sinistreQui vous fait reculer.

Ils ont une toux sèche,‖ aiguë, intermittente.Elle, après chaque accès,‖ est toute palpitante,Et lui, crache du sang !Et l'on flaire la mort‖ à ces poignants symptômes,Et l'aspect douloureux‖ de ces vivants fantômesOpprime le passant.

Ils se serrent les mains‖ dans une longue étreinteAvec le tremblement‖ de la pudeur contrainteSe choquant au désir,Et pour mieux savourer‖ l'amour qui les enfièvre,L'une à l'autre parfois‖ se colle chaque lèvre,Folles de se saisir.

Autour d'eux tout s'éveille‖ et songe à se refaire.Homme et bête à plein souffle‖ aspirent l'atmosphère,Rajeunis et contents.Tout germe et refleurit ;‖ eux, ils sont chlorotiques ;Tout court ; et chaque pas‖ de ces pauvres étiquesLes rend tout haletants.

Eux seuls font mal à voir,‖ les amants poitrinairesAvec leurs regards blancs‖ comme des luminaires,Et leur maigre longueur ;Je ne sais quoi de froid,‖ d'étrange et de torpideSort de ce couple errant,‖ hagard, presque stupideÀ force de langueur.

Et pourtant il leur faut‖ l'amour et ses morsures !Dépravés par un mal,‖ aiguillon des luxures,Ils avancent leur mort ;Et le suprême élan‖ de leur force briséeS'acharne à prolonger‖ dans leur chair épuiséeLe frisson qui les tord.

Se posséder ! Pour eux‖ que la tristesse inonde,C'est l'oubli des douleurs‖ pendant une seconde,C'est l'opium d'amour !Ils se sentent mourir‖ avec béatitudeDans ce spasme sans nom‖ dont ils ont l'habitude,Jour et nuit, nuit et jour !

Ensemble ils ont passé‖ par les phases funèbresOù les nœuds acérés‖ de leurs frêles vertèbresLeur ont crevé la peau ;Ensemble ils ont grincé‖ de la même torture :Donc, ils veulent payer‖ ensemble à la natureL'inévitable impôt.

Et le gazon muet,‖ quoique plein d'ironies,Va voir l'accouplement‖ de ces deux agoniesNaître et se consommer ;Et les profonds échos‖ répéteront les râlesDe ces deux moribonds‖ dont les lèvres si pâlesRevivent pour aimer !

Versification

Forme
10 sizains (sizains)
Rimes
10(aabccb)
Mètre
Alexandrins et hexasyllabes (40 de 12, 20 de 6)· profil 6, 6+6
Strophes
10 sizains
Mots à la rime
a haute / côte féminine, classiqueb fluet / muet masculine, classiquec mûres / ramures féminine, classiquea rouges / bouges féminine, classiqueb chanceler / reculer masculine, classiquec bistre / sinistre féminine, classiquea intermittente / palpitante féminine, classiqueb sang / passant masculine, non classiquec symptômes / fantômes féminine, classiquea étreinte / contrainte féminine, classiqueb désir / saisir masculine, classiquec enfièvre / lèvre féminine, classiquea refaire / l'atmosphère féminine, classiqueb contents / haletants masculine, classiquec chlorotiques / étiques féminine, classiquea poitrinaires / luminaires féminine, classiqueb longueur / langueur masculine, classiquec torpide / stupide féminine, classiquea morsures / luxures féminine, classiqueb mort / tord masculine, classiquec brisée / épuisée féminine, classiquea inonde / seconde féminine, classiqueb d'amour / jour masculine, classiquec béatitude / l'habitude féminine, classiquea funèbres / vertèbres féminine, classiqueb peau / impôt masculine, non classiquec torture / nature féminine, classiquea d'ironies / agonies féminine, classiqueb consommer / aimer masculine, classiquec râles / pâles féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 2.1· écart moyen à la rime classique 0.3

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Névroses, Paris, G. CHARPENTIER, EDITEUR, 1885· numérisation poesies.net· Sources