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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Névroses, 1883· Les refuges

Les petits Fauteuils

Maurice Rollinat· 14 quatrains, alexandrins, 56 vers

À Albert Delpit.

Assis le long du mur‖ dans leurs petits fauteuils,Les deux babys chaussés‖ de bottinettes bleues,Regardent moutonner‖ des bois de plusieurs lieuesOù l'automne a déjà‖ tendu ses demi-deuils.

Auprès du minet grave‖ et doux comme un apôtre,Côte à côte ils sont là,‖ les jumeaux ébaubis,Tous deux si ressemblants‖ de visage et d'habitsQue leur mère s'y trompe‖ et les prend l'un pour l'autre.

Aussi, sur le chemin,‖ la bergère en sabotsS'arrête pour mieux voir‖ leurs ivresses gentillesQu'un barrage exigu,‖ fixé par deux chevilles,Emprisonne si peu‖ dans ces fauteuils nabots.

Avec l'humidité‖ de la fleur qu'on arrose,Leur bouche de vingt mois‖ montre ses dents de lait,Ou se ferme en traçant‖ sur leur minois folletUn accent circonflexe‖ adorablement rose.

Leurs cheveux frisottés‖ où la lumière dortOnt la suavité‖ vaporeuse des nimbes,Et, sur leurs fronts bénis‖ par les anges des limbes,S'emmêlent, tortillés‖ en menus crochets d'or.

Parfois, en tapotant‖ de leurs frêles menottesLa planchette à rebords‖ où dorment leurs pantins,Ils poussent des cris vifs,‖ triomphants et mutins,Avec l'inconscience‖ exquise des linottes.

Tout ravis quand leurs yeux‖ rencontrent par hasardLa mouche qui bourdonne‖ et qui fait la navette,On les voit se pâmer,‖ rire, et sur leur bavetteSaliver de bonheur‖ à l'aspect d'un lézard.

En inclinant vers eux‖ ses clochettes jaspées,Le liseron grimpeur‖ du vieux mur sans enduitForme un cadre odorant‖ qui bouge et qui bruitAutour de ces lutins‖ en robes de poupées.

Et tandis que venu‖ des horizons chagrins,Le zéphyr lèche à nu‖ leurs coudes à fossettes,L'un s'amuse à pincer‖ ses petites chaussettes,Et l'autre, son collier‖ d'ivoire aux larges grains.

La poule, sans jeter‖ un gloussement d'alarme,Regarde ses poussins‖ se risquer autour d'eux,Et le chien accroupi‖ les surveille tous deuxD'un œil mélancolique‖ où tremblote une larme.

La campagne qui meurt‖ paraît vouloir mêlerSon râle d'agonie‖ à leurs frais babillages ;Maint oiselet pour eux‖ retarde ses voyages,Et dans un gazouillis‖ semble les appeler.

Le feuillage muet‖ qui perd ses découpures,En les voyant, se croit‖ à la saison des nids ;Et la flore des bois‖ et des étangs jaunisSouffle son dernier baume‖ à leurs narines pures.

Mais voilà que chacun,‖ penchant son joli cou,Ferme à demi ses yeux‖ dont la paupière tremble ;Une même langueur‖ les fait bâiller ensembleEt tous deux à la fois‖ s'endorment tout à coup :

Cependant qu'au-dessus‖ de la terre anxieuseLe soleil se dérobe‖ au fond des cieux plombésEt que le crépuscule,‖ embrumant les bébés,Verse à leur doux sommeil‖ sa paix silencieuse.

Versification

Forme
14 quatrains (quatrains)
Rimes
14(abba)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
14 quatrains
Mots à la rime
a fauteuils / demi-deuils masculine, classiqueb bleues / lieues féminine, classiquea apôtre / l'autre féminine, classiqueb ébaubis / d'habits masculine, classiquea sabots / nabots masculine, classiqueb gentilles / chevilles féminine, classiquea arrose / rose féminine, classiqueb lait / follet masculine, classiquea dort / d'or masculine, non classiqueb nimbes / limbes féminine, classiquea menottes / linottes féminine, classiqueb pantins / mutins masculine, classiquea hasard / lézard masculine, classiqueb navette / bavette féminine, classiquea jaspées / poupées féminine, classiqueb enduit / bruit masculine, classiquea chagrins / grains masculine, classiqueb fossettes / chaussettes féminine, classiquea d'alarme / larme féminine, classiqueb d'eux / deux masculine, classiquea mêler / appeler masculine, classiqueb babillages / voyages féminine, classiquea découpures / pures féminine, classiqueb nids / jaunis masculine, classiquea cou / coup masculine, non classiqueb tremble / ensemble féminine, classiquea anxieuse / silencieuse féminine, classiqueb plombés / bébés masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 2.2· écart moyen à la rime classique 0.4

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Névroses, Paris, G. CHARPENTIER, EDITEUR, 1885· numérisation poesies.net· Sources