Les Névroses, 1883· Les refuges
Les Pouliches
À Aristide Frémine.
Frissonnantes, ridant‖ leur peau gris-pommeléAu moindre frôlement‖ des zéphyrs et des mouches,Les pouliches, non loin‖ des grands taureaux farouches,Trottinent sur les bords‖ du pacage isolé.
Dans ce vallon tranquille‖ où les ronces végètentEt qu'embrume l'horreur‖ des joncs appesantis,La sauterelle joint‖ son aigre cliquetisAux hennissements courts‖ et stridents qu'elles jettent.
Dressant leurs jarrets fins‖ et leur cou chevelu,Elles tremblent de peur‖ au bruit du train qui passe,Et leurs yeux inquiets‖ interrogent l'espaceDepuis l'arbre lépreux‖ jusqu'au rocher velu.
Et tandis qu'on entend‖ prononcer des syllabesAux échos du ravin‖ plein d'ombre et de fracas,Elles enflent au vent‖ leurs naseaux délicats,Fiers comme ceux du zèbre‖ et des juments arabes.
L'averse dont le sol‖ s'embaume, et qui dans l'eauCrépite en dessinant‖ des ronds qui s'entrelacent ;Les lames d'argent blanc‖ qui polissent et glacentLe tronc du jeune chêne‖ et celui du bouleau ;
Un lièvre qui s'assied‖ sur les mousses crépues ;Des chariots plaintifs‖ dans un chemin profond :Autant de visions‖ douces qui satisfontLa curiosité‖ des pouliches repues.
Même en considérant‖ les margots et les geaisQui viennent en amis‖ leur conter des histoires,Elles ont tout l'éclat‖ de leurs prunelles noires :C'est du feu pétillant‖ sous des globes de jais !
Elles mêlent souvent‖ à leurs douces querellesLe friand souvenir‖ de leurs mères juments,Et vont avec de vifs‖ et gentils mouvementsSe mordiller le ventre‖ et se téter entre elles.
Leur croupe se pavane,‖ et leur toupet joyeux,S'échappant du licol‖ en cuir qui les attache,Parfois sur leur front plat‖ laisse voir une tacheOvale de poils blancs‖ lisses comme des yeux.
Autour des châtaigniers‖ qui perdent leur écorce,Elles ont dû passer‖ la nuit à l'air brutal,Car la rosée, avec‖ ses gouttes de cristal,Diamante les bouts‖ de leur crinière torse.
Mais bientôt le soleil‖ flambant comme un enferRéveillera leur queue‖ aux battements superbesEt fourbira parmi‖ les mouillures des herbesLeurs petits sabots blonds‖ encor vierges du fer.
Versification
- Forme
- 11 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 11(abba)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 11 quatrains
- Mots à la rime
- a gris-pommelé / isolé masculine, classiqueb mouches / farouches féminine, classiquea végètent / jettent féminine, classiqueb appesantis / cliquetis masculine, classiquea chevelu / velu masculine, classiqueb passe / l'espace féminine, classiquea syllabes / arabes féminine, classiqueb fracas / délicats masculine, classiquea l'eau / bouleau masculine, classiqueb s'entrelacent / glacent féminine, classiquea crépues / repues féminine, classiqueb profond / satisfont masculine, classiquea geais / jais masculine, classiqueb histoires / noires féminine, classiquea querelles / elles féminine, classiqueb juments / mouvements masculine, classiquea joyeux / yeux masculine, classiqueb attache / tache féminine, classiquea écorce / torse féminine, classiqueb brutal / cristal masculine, classiquea enfer / fer masculine, classiqueb superbes / herbes féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Névroses, Paris, G. CHARPENTIER, EDITEUR, 1885· numérisation poesies.net· Sources