Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Névroses, 1883· Les luxures

Les Robes

Maurice Rollinat· 11 quatrains, alexandrins, 44 vers

À Alfred Grévin.

Ô ma pauvre sagesse,‖ en vain tu te dérobesAu fluide rôdeur,‖ âcre et mystérieuxQue, pour magnétiser‖ le passant curieux,L'Inconnu féminin‖ promène sous les robes !

Les robes ! où circule‖ et s'est insinuéeLa vie épidermique‖ avec tous ses frissons,Et qui, sur les trottoirs‖ comme entre les buissons,Passent avec des airs‖ de barque et de nuée !

Elles ont tout : corsage‖ où pleurent les longs voiles,Jupe où jasent des nids‖ de volants emperlés,Rubans papillonneurs‖ et boutons ciselésQui luisent comme autant‖ de petites étoiles.

Si l'une me dénonce‖ une luxure infâme,Une autre me révèle‖ un corps qui se défend ;Et pour mon œil subtil‖ une robe d'enfantTrahit des ailes d'ange‖ et des rondeurs de femme.

La robe atténuant‖ la pointe ou la courbureHallucine déjà‖ mes prunelles de lynx,Mais je me sens troublé‖ comme en face du SphinxDevant le bloc pieux‖ de la robe de bure.

J'aime à les rencontrer‖ partout, vieilles et neuves,Au bas d'un escalier,‖ au fond d'un corridor ;J'aime ces longs habits‖ que féminise encorL'exquise austérité‖ des vierges et des veuves.

Avec cette adhérence‖ intime de l'écorceQui calque le contour‖ et le linéament,Le corsage échancré‖ plaque hermétiquement,Délicieux maillot‖ d'un admirable torse.

La longue robe errant‖ dans la lumière bleue,Froide et collante avec‖ sa traîne de velours,Sur les tapis muets,‖ étouffeurs des pas lourds,A l'air d'un grand serpent‖ tout debout sur sa queue.

Et par un crépuscule‖ où le vent noir sanglote,Plus d'une, tout au fond‖ du lointain frissonnant,Semble raser la terre‖ ainsi qu'un revenantTragiquement drapé‖ dans son linceul qui flotte.

J'ai souvent le désir‖ fantastique et morose,Dans ces bals où le vice‖ allume son coup d'œil,De voir entrer soudain‖ une robe de deuil,Comme un brouillard d'ébène‖ au milieu d'un ciel rose.

Mais je contemplerais,‖ à genoux et mains jointes,Ces corselets d'amour‖ exactement remplisOù, derrière la gaze‖ aux lumineux replis,La gorge tentatrice‖ embusque ses deux pointes !

Versification

Forme
11 quatrains (quatrains)
Rimes
11(abba)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
11 quatrains
Mots à la rime
a dérobes / robes féminine, classiqueb mystérieux / curieux masculine, classiquea insinuée / nuée féminine, classiqueb frissons / buissons masculine, classiquea voiles / étoiles féminine, classiqueb emperlés / ciselés masculine, classiquea infâme / femme féminine, classiqueb défend / d'enfant masculine, classiquea courbure / bure féminine, classiqueb lynx / Sphinx masculine, classiquea neuves / veuves féminine, classiqueb corridor / encor masculine, classiquea l'écorce / torse féminine, classiqueb linéament / hermétiquement masculine, classiquea bleue / queue féminine, classiqueb velours / lourds masculine, classiquea sanglote / flotte féminine, classiqueb frissonnant / revenant masculine, classiquea morose / rose féminine, classiqueb d'œil / deuil masculine, classiquea jointes / pointes féminine, classiqueb remplis / replis masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Névroses, Paris, G. CHARPENTIER, EDITEUR, 1885· numérisation poesies.net· Sources