Les Névroses, 1883· Les refuges
Les Rocs
À Victor Hugo.
Par delà les blés noirs,‖ les froments et les seigles,Loin des terrains boisés,‖ poudreux, herbus et mous,Au bord d'une rivière‖ aux écumeux remous,Ils songent, familiers‖ des lézards et des aigles.
Aspect fantomatique,‖ inertie et stupeur,Jeunesse qui survit‖ à des milliers d'années,Silence des cœurs morts‖ et des âmes damnées,Ils ont tout ce qui trouble‖ et tout ce qui fait peur.
La rivière qui hurle‖ et moutonne à leur baseLeur devient un miroir‖ torrentueux et fou,Et, quand l'hiver la fait‖ déborder de son trou,Les cravache d'écume‖ et les gifles de vase.
Au mois où le zéphyr‖ plein de suavitéEmporte les parfums‖ de la fleur qu'il balance,L'aspic y vient montrer‖ sa tête en fer de lanceAu bord de la fissure‖ et de la cavité.
Anxieux, dans la brume,‖ on dirait qu'ils attendentJe ne sais quel départ‖ aux mystiques adieux ;N'ont-ils pas l'air de voir ?‖ Et cependant point d'yeux ;Point d'oreilles : pourtant‖ l'on dirait qu'ils entendent.
Et, colosses navrés‖ de ce pays affreux,Ils alarment au loin‖ les vallons et les côtes,Car le cri des hiboux,‖ leurs invisibles hôtes,Est la funèbre voix‖ qui sanglote pour eux.
Groupés là comme un tas‖ de monstrueuses bêtes,Ils veillent tristement,‖ les horribles rochers,Que le soleil les brûle‖ ou qu'ils soient accrochésPar les feux zigzagueurs‖ et grondants des tempêtes !
L'un dont la pointe oblongue‖ imite un coutelas,Et dont chaque lézarde‖ a l'air d'une blessure,Rongé de champignons,‖ d'herbe et de moisissure,Se penche avec un air‖ effroyablement las.
Un autre figurant‖ un couvercle de bièreQui serait tout debout‖ sous les grands cieux pensifs,Fait tinter par instants‖ sur les feuilles des ifsL'éternel suintement‖ des larmes de la pierre.
Et tous, diversement‖ lépreux et bossués,Rendent la solitude‖ encore plus déserte,Et par leur seul aspect‖ qui glace et déconcerte,Disent leurs maux soufferts‖ et leurs ennuis sués.
Versification
- Forme
- 10 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 10(abba)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 10 quatrains
- Mots à la rime
- a seigles / aigles féminine, classiqueb mous / remous masculine, classiquea stupeur / peur masculine, classiqueb d'années / damnées féminine, classiquea base / vase féminine, classiqueb fou / trou masculine, classiquea suavité / cavité masculine, classiqueb balance / lance féminine, classiquea attendent / entendent féminine, classiqueb adieux / d'yeux masculine, classiquea affreux / eux masculine, classiqueb côtes / hôtes féminine, classiquea bêtes / tempêtes féminine, classiqueb rochers / accrochés masculine, classiquea coutelas / las masculine, classiqueb blessure / moisissure féminine, classiquea bière / pierre féminine, classiqueb pensifs / ifs masculine, classiquea bossués / sués masculine, classiqueb déserte / déconcerte féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Névroses, Paris, G. CHARPENTIER, EDITEUR, 1885· numérisation poesies.net· Sources