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un seul est le mot juste.

Les Névroses, 1883· Les refuges

Les Roses

Maurice Rollinat· 12 quatrains, alexandrins, 48 vers

À Auguste Arnault.

Dans l'air comme embrasé‖ par une chaleur d'âtreElles ont un arôme‖ aussi lourd qu'ennuyé,Et par un crépuscule‖ orageux et mouilléLa blanche devient jaune,‖ et la jaune, verdâtre.

Mais à l'aube naissante,‖ À cette heure où la nuitAbandonne en pleurant‖ les étoiles éteintes,Chacune se déplisse‖ et rallume ses teintes,Et leur parfum s'envole‖ avec le vent qui fuit.

Souvent on aperçoit‖ dans l'atmosphère chaude,Sur leurs pétales blancs,‖ purpurins ou rosés,Un beau petit insecte‖ aux reflets irisés,Qui miroite au soleil‖ ainsi qu'une émeraude.

Bien des mouches qui sont‖ distilleuses de mielVampirisent gaîment‖ ces reines végétales,Et plus d'un vent du nord‖ aux haleines brutalesRavage leur parterre‖ endormi sous le ciel.

Elles ont beau piquer‖ le doigt qui les enlève :On affronte en riant‖ leur perfide beauté,Pour cueillir ces boutons‖ si pleins de volupté,Qu'on dirait de la chair‖ pétrie avec du rêve.

Ornant la modestie‖ aussi bien que l'orgueil,Fleurissant tout, cheveux,‖ boutonnières, corsages,Elles sont les joyaux‖ des fous comme des sagesEt s'effeuillent encor‖ sur la vierge au cercueil.

Et même, entre l'if morne‖ et le cyprès austère,Dans les dortoirs pierreux‖ où gisent les défunts,Elles font oublier‖ à force de parfumsLa putréfaction‖ qui fermente sous terre.

Aussi, bien que rongé‖ de souffrance et d'ennuis,Je me plais à les voir,‖ corolle grande ouverte,Se pavaner au bout‖ de leur tige âpre et verteDans la corbeille ovale‖ aux bordures de buis.

Mon esprit embrumé‖ subit leur influence ;Elles me font rêver‖ d'ineffables Édens,Et j'adore ces fleurs‖ où l'ange des jardinsRaffine le parfum,‖ la forme et la nuance.

J'aime la rose pourpre‖ aux boutons de carmin,Coupe où l'on boit le sang‖ filtré de la nature,Sirène dont le souffle‖ errant à l'aventureEst un chuchotement‖ d'amours sans lendemain.

Mais je préfère encor‖ la rose poitrinaireDont l'incarnat plaintif‖ avive la pâleur :Oh ! comme tes soupirs‖ embaumés, triste fleur,M'arrivent doux et purs‖ dans la clarté lunaire !

De la villa moderne‖ à l'antique manoir,Tu délectes partout‖ mon œil et ma narine :Où que j'aille, c'est toi‖ que mon humeur chagrineFrôle amoureusement‖ comme un papillon noir.

Versification

Forme
12 quatrains (quatrains)
Rimes
12(abba)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
12 quatrains
Mots à la rime
a d'âtre / verdâtre féminine, classiqueb qu'ennuyé / mouillé masculine, classiquea nuit / fuit masculine, classiqueb éteintes / teintes féminine, classiquea chaude / émeraude féminine, classiqueb rosés / irisés masculine, classiquea miel / ciel masculine, classiqueb végétales / brutales féminine, classiquea enlève / rêve féminine, classiqueb beauté / volupté masculine, classiquea l'orgueil / cercueil masculine, classiqueb corsages / sages féminine, classiquea austère / terre féminine, classiqueb défunts / parfums masculine, classiquea d'ennuis / buis masculine, classiqueb ouverte / verte féminine, classiquea influence / nuance féminine, classiqueb Édens / jardins masculine, classiquea carmin / lendemain masculine, classiqueb nature / l'aventure féminine, classiquea poitrinaire / lunaire féminine, classiqueb pâleur / fleur masculine, classiquea manoir / noir masculine, classiqueb narine / chagrine féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Névroses, Paris, G. CHARPENTIER, EDITEUR, 1885· numérisation poesies.net· Sources