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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Névroses, 1883· Les refuges

Les vieilles Haies

Maurice Rollinat· 10 sizains, alexandrins et octosyllabes, 60 vers

À Edmond Haraucourt.

Fauves, couvrant l'horreur,‖ le mystère et l'ennui,Tantôt pleines de jour,‖ tantôt pleines de nuit,De murmures et de silences ;Hostiles au toucher‖ comme des hérissons,Elles sont là, mêlant‖ à d'éternels frissonsD'interminables somnolences.

Elles ont l'attitude‖ et la couleur des bois :Aubépines, genêts,‖ fougères, et parfoisUn panache de chèvrefeuilleLeur donnent une odeur‖ suave à respirer ;Leurs fruits ? c'est le hasard‖ qui les fait prospérer,Et c'est le merle qui les cueille.

Elles sont un écran‖ pour le sentier poudreux,Un abri pour le pâtre,‖ et pour les amoureuxLe lieu des rendez-vous fidèles ;Et quand l'ombre noircit‖ la plaine et le ravin,La nonne lavandière‖ et le mauvais devinDialoguent à côté d'elles.

Tous les anciens buissons‖ poussent dru, haut et droit,Comme aussi, bien souvent,‖ ils penchent, et l'on voitSous l'azur clair ou qui se fronce,Au-dessus du ruisseau‖ chuchoteur ou dormant,La courbure agressive‖ et l'échevèlementÉpouvantable de la ronce.

Rarement effleurés‖ par les beaux papillons,Ils sont le labyrinthe‖ aimé des vieux grillons ;Plus d'une cigale en tristesseY hasarde un son maigre‖ et que l'âge a faussé ;Grenouilles et crapauds‖ visitent leur fossé,Et la couleuvre est leur hôtesse.

Hélas ! dans ces fouillis‖ qu'elle connaît si bienCette sournoise ourdit‖ son muet va-et-vientQue maint sifflement entrecoupe ;Malheur au nid d'oiseau !‖ L'ogresse à pas tordusSe hisse pour biber‖ les œufs tout frais pondusDans la pauvre petite coupe.

À la longue, parfois,‖ ces grands buissons affreuxOnt bu tous les venins‖ que vont baver sur euxL'aspic et la vipère noire :Aussi, lorsque l'été‖ réchauffeur des désertsPromène au fond des trous,‖ sur l'onde et dans les airsSon invisible bassinoire,

La haie empoisonnée,‖ après son long sommeil,Étire ses rameaux‖ qui s'enflent au soleilComme autant de bêtes squammeuses ;Et contre les troupeaux‖ sveltes et capricantsElle se dresse, armée,‖ avec tous ses piquants,D'innombrables dents venimeuses.

Dans la pourpre de l'aube‖ ou des soleils couchants,Au bord des bois, des lacs,‖ des vignes et des champs,Des prés ou des châtaigneraies,L'habitant du ravin,‖ du val et des plateauxVénère à son insu‖ ces sombres végétaux :Car, à la fin, les vieilles haies,

À force d'avoir vu‖ tant de piétons bourbeux,D'ânes et de moutons,‖ de vaches et de bœufs,Ont, comme les très vieux visages,Pris un air fantomal,‖ prophétique, assoupi,Qui sur le chemin neuf‖ et le mur recrépiJette un reflet des anciens âges

Versification

Forme
10 sizains (sizains)
Rimes
10(aabccb)
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (40 de 12, 20 de 8)· profil 8, 6+6
Strophes
10 sizains
Mots à la rime
a l'ennui / nuit masculine, non classiqueb silences / somnolences féminine, classiquec hérissons / frissons masculine, classiquea bois / parfois masculine, classiqueb chèvrefeuille / cueille féminine, classiquec respirer / prospérer masculine, classiquea poudreux / amoureux masculine, classiqueb fidèles / d'elles féminine, classiquec ravin / devin masculine, classiquea droit / voit masculine, classiqueb fronce / ronce féminine, classiquec dormant / l'échevèlement masculine, classiquea papillons / grillons masculine, classiqueb tristesse / hôtesse féminine, classiquec faussé / fossé masculine, classiquea bien / va-et-vient masculine, non classiqueb entrecoupe / coupe féminine, classiquec tordus / pondus masculine, classiquea affreux / eux masculine, classiqueb noire / bassinoire féminine, classiquec déserts / airs masculine, classiquea sommeil / soleil masculine, classiqueb squammeuses / venimeuses féminine, classiquec capricants / piquants masculine, classiquea couchants / champs masculine, classiqueb châtaigneraies / haies féminine, classiquec plateaux / végétaux masculine, classiquea bourbeux / bœufs masculine, classiqueb visages / âges féminine, classiquec assoupi / recrépi masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 2.1· écart moyen à la rime classique 0.3

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Névroses, Paris, G. CHARPENTIER, EDITEUR, 1885· numérisation poesies.net· Sources