Paysages et Paysans, 1899
La belle Dame
Dans le chaland moussu, la petiote ignorantSa figure comme son âme,Pour la première fois, près de sa sœur qui rame,Va sur l’étang vert transparent.
« Oh ! fait-elle, soudain, vois donc la belle dameLà, dans l’eau, l’œil bien grand… bien grand ! »Et, le cœur gros, les yeux déjà mouillés, reprend :« Moi ! j’voudrais ben l’embrasser, dame ! »
La sœur répond : « Pleur’ pas ! c’te personn’là, ma foi !Est ni plus ni moins bell’ que toi. »Puis, elle ajoute, goguenarde :
« Au surplus, ton envie est commode à passer !Tu n’as toi-mêm’ qu’à t’embrasserPuisque c’est toi-mêm’ que tu r’gardes. »
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Paysages et Paysans, Paris, BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER, EUGÈNE FASQUELLE, ÉDITEUR, 1899· numérisation poesies.net· Sources