Paysages et Paysans, 1899
La bonne Chienne
Les deux petits jouaient au fond du grand pacage ;La nuit les a surpris, une nuit d’un tel noirQu’ils se tiennent tous deux par la main sans se voir :L’opaque obscurité les enclôt dans sa cage.Que faire ? les brebis qui paissaient en bon nombre,Les chèvres, les cochons, la vache, la jument,Sont égarés ou bien muets pour le moment,Ils ne trahissent plus leur présence dans l’ombre.Puis, la vague rumeur des mauvaises tempêtesSourdement fait gronder l’écho.Mais la bonne chienne MargotA rassemblé toutes les têtesDu grand troupeau… si bien que, derrière les bêtes,Chacun des deux petits lui tenant une oreille,Tous les trois, à pas d’escargot,Ils regagnent enfin, là-haut,Le vieux seuil où la maman veille.
17 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Paysages et Paysans, Paris, BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER, EUGÈNE FASQUELLE, ÉDITEUR, 1899· numérisation poesies.net· Sources