Paysages et Paysans, 1899
La Cendre
De la sorte — parlant par la voix du Curé —La cendre de l’âtre interpelleLa chambrière antique à l’air dur et madréQui vient la prendre avec sa pelle :
« Épargne-moi donc, bonne vieille !Ne va pas encor me noyer,Laisse-moi dans ce grand foyerOù si doucement je sommeille.
Tu ne verras pas rougeoyerToujours la lumière vermeille.En terre obscure, à poudroyer,Un jour, tu seras ma pareille.
Voici que ton âge succombe ;Nous allons être sœurs ainsi :Moi, je serai poussière ici,Et toi, poussière dans la tombe. »
La vieille qui croit plus encorÀ l’existence qu’à la mort,Lui répond, tremblante et poussive :
« Poussière et cend’ ? tant q’tu voudrasQuand je n’blanchirai plus mes draps…En attendant, fais ma lessive ! »
22 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Paysages et Paysans, Paris, BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER, EUGÈNE FASQUELLE, ÉDITEUR, 1899· numérisation poesies.net· Sources