Paysages et Paysans, 1899
La Corne
La nuit est noire opaque. Au bas d’une âpre côtePaissent bœufs et taureaux, masses lentes, qui vontChargés d’horreur, avec un beuglement profond,Dans le silence affreux de l’herbe humide et haute.
Ici rampe un crapaud, une grenouille saute,Là, miaule un hibou dans un tronc d’arbre. Ils sontComme eux secrets, obscurs, invisibles, ils ontAutour, dessus, dessous, le mystère pour hôte.
Mais voici l’air s’éclaircissant.Une lune en demi-croissantA percé les nuages mornes…
Et, vers cette corne des cieux,Ébahis se lèvent les yeuxDe toutes ces bêtes à cornes.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Paysages et Paysans, Paris, BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER, EUGÈNE FASQUELLE, ÉDITEUR, 1899· numérisation poesies.net· Sources