Paysages et Paysans, 1899
La Mère
En tricotant sous le feuillageLa bonne vieille me disait :« D’puis l’temps q’mon gars est mort, c’que c’est !Je m’figur’ qu’il est en voyage,
Qu’un soir il est parti ben loin,Tout env’loppé, jaun’ comme un’ cire,Malgré ça, j’pens’ qu’i’va m’écrire,Qu’i’ m’sent dans la peine et l’besoin.
Tous les jours, je m’répèt’ : C’est d’main,Qu’i’ m’apparaîtra sus mon chʼmin,Qu’i’ cogn’ra pour que j’youv’ la porte.
L’croir’ mort ? Non ! j’aim’ mieux l’croire ingrat,M’imaginer qu’i’n’reviendra,Que lorsqu’à mon tour je s’rai morte ! »
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Paysages et Paysans, Paris, BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER, EUGÈNE FASQUELLE, ÉDITEUR, 1899· numérisation poesies.net· Sources