Paysages et Paysans, 1899
Le Père Pierre
Fantastiques d’aspect sous leur noire capote,Mais, très humaines par leurs caquets superflus,Les commères, barrant la route aux verts talus,À la messe s’en vont d’un gros pas qui sabote.
« Tiens ! v’là l’pèr’ Pierr’ ! fait l’une, un malin, celui-là !Pour accrocher l’ poisson quand personn’ peut en prendre ;I’ dit q’ quand il a faim, d’ fumer q’ça l’ fait attendre,Et qu’un’ bonn’ pip’ souvent vaut mieux qu’un mauvais plat. »
L’homme les joint bientôt. En chœur elles s’écrient :« Il faut croire, à vous voir marcherEn tournant l’ dos à not’ clocher,Q’v’allez pas à la messe ! » et puis, dame ! elles rient…
« Moi ? si fait ! leur répond simplement le vieux Pierre,Mais, tout par la nature ! étant ma seul’ devise,J’ vas à la mess’ de la rivièreDu bon soleil et d’ la fraîcheur,Avec le ravin pour église,Et pour curé l’ martin-pêcheur. »
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Paysages et Paysans, Paris, BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER, EUGÈNE FASQUELLE, ÉDITEUR, 1899· numérisation poesies.net· Sources