Paysages et Paysans, 1899
Le Vagabond
Tombé, le vagabond qui rampe avec effort,S’arrête et gît, agonisantDans de la boue,Et sur sa joueDe grosses larmes vont glissant ;Voilà ce qu’il marmotte avant sa triste mort :
« À jeun, des heur’, puis des heur’, pieds nus, j’ai marchéSous l’orage grondant des cieuxCouleur de suie,Et sous la pluie,Et sous l’éclair brûlant mes yeux,À travers les ajoncs, la ronce et le rocher.
Je n’peux pas plus app’ler que fair’ sign’ de ma main,Et voici que le soir étendSon drap fantômeSus l’bois, sus l’chaume,Sus l’guéret, l’pacage et l’étang ;I’ n’ya donc plus q’la mort qui pass’ra dans mon chʼmin !
Je lutt’ cont’ le trépas, tel que l’jour à sa fin.Comm’ lui, je m’sens me consumer,Tremblant, livide.Mon bissac videN’a pas de quoi me ranimer ! »— Et la nuit, dans les trous, le pauvre est mort de faim.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Paysages et Paysans, Paris, BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER, EUGÈNE FASQUELLE, ÉDITEUR, 1899· numérisation poesies.net· Sources